vendredi 1 juin 2018

Rituel de sortie du parrainage

Le Jeudi 31 mai à Pothnal a eu lieu la cérémonie qui met fin au parrainage pour les jeunes ayant atteint l'âge de 18 ans. Pour la circonstance, l'équipe de Vimukti et son directeur, Satish Fernandes, avaient préparé un programme taillé sur mesure en l'honneur des 7 garçons et filles concernés par cette sortie.  Sous le regard attendri de leurs cadets, Chamundi, Hampalamma, Praveen, Roopa, Sharada, Shiva Kumar et Sushma ont chaleureusement remerciés leurs parrains et marraines de les avoir ainsi accompagnés sur les chemins de l'éducation pendant toutes ces années. Certains vont pouvoir continuer des études, d'autres devront répondre à l'attente de la famille. Nul doute qu'ils garderont au fond de leur coeur ce témoignage d'amour qu'ils ont manifesté lors de cette cérémonie qui mettait officiellement un terme à leur parrainage. D'autres jeunes enfants ont déjà pris le relais. Ainsi va la vie...


vendredi 18 mai 2018

Destins de femmes indiennes

Après "Welcome in Pothnal" réalisé en 2014, voici "Destins de femmes indiennes", un parcours dans le Karnataka, fruit d'un travail qui s'est échelonné sur deux années.



"Dans ce film, j'ai souhaité donner la parole aux femmes que j'ai rencontrées au cours des dix années pendant lesquelles j'ai sillonné les routes du Karnataka, de Pothnal à Bangalore en passant par Mangalore et Chikkodi. J'ai toujours été fasciné par leur beauté, leur dignité, mais aussi par le courage et la détermination dont elles font preuve pour faire valoir leurs droits trop souvent bafoués dans une Inde traditionaliste. J'ai aussi voulu leur témoigner ma reconnaissance pour tout ce qu'elles m'ont apporté et leur rendre ce qu'elles m'ont donné."

Pandit Nehru disait au siècle dernier: "On peut juger de l'état d'une nation d'après la condition de ses femmes". Naître fille en Inde aujourd'hui, plus qu'ailleurs, n'est pas toujours un destin enviable. C'est d'abord échapper à l'infanticide encore pratiqué dans les campagnes, être parfois battue, insultée, par des pères ou des frères sans scrupules, passer brutalement de l'enfance à l'âge adulte, se soumettre à la tradition du mariage arrangé et de la dot, être victime de la honte ou de l'opprobre du voisinage, travailler dur à la maison, dans les champs ou sur les chantiers, pour suivre le chemin de sa destinée.

Pour sortir de cet engrenage malheureux qui engendre tant de souffrances, les femmes indiennes ont emboîté le pas de leurs soeurs occidentales pour réclamer justice, respect et dignité. Leur combat sera long et semé d'embûches. mais comme le disait aussi Mahatma Gandhi: "Soyez le changement que vous voulez dans le monde".

mercredi 16 mai 2018

L'accompagnement pré et post-natal

COORDINATION « PARRAINAGES SANTÉ  » - N° 2

Une des priorités des programmes développés par Vimukti Pothnal est l’accompagnement des femmes enceintes et des jeunes mamans. La présence de Nagaratna, l’infirmière du projet, permet un soutien de proximité au coeur des 16 villages autour de Pothnal. Son témoignage nous apporte des éléments concrets d’information et nous éclaire sur la situation locale : 
« A ce jour, il y a, en moyenne, 25 femmes enceintes par village. Plus de 415 femmes sont concernées par l’accompagnement prénatal dont 50% sont très pauvres et très faibles. La plupart d’entre elles continuent à travailler, le plus souvent dans les champs. Elles ne prennent pas suffisamment de repos et ne mangent pas en rapport avec leurs besoins nutritionnels qualitatifsElles souffrent très souvent d’anémie. Beaucoup de femmes accouchent chez elles. Pour les accouchements qui nécessitent une assistance médicale, la naissance peut se dérouler à l'hôpital ou dans un établissement privéA Pothnal, 30 accouchements sont effectués chaque mois à l’hôpital, les soins sont gratuits et une allocation d’environ 80 euros est allouée à la famille. Dans les cliniques privées, le coût s’élève à 250 euros pour un accouchement et peut atteindre 650 euros en fonction des soins nécessaires. Les visites de médecin à domicile sont très onéreuses, environ 80 euros. Après la naissance, la femme a besoin de compléments nutritionnels (boissons énergisantes et comprimés riches en fer) et d’un accompagnement global dans le domaine de la santé. Ici il n' y a pas de planning familial ».
En Inde, 5 % des enfants meurent avant leur 5ème anniversaire.

La philosophie du développement des programmes de santé de Vimukti Pothnal est de répondre aux enjeux majeurs de l’accompagnement des familles, au niveau de la santé, tant du point de vue de la prévention, de l’information que de la formation aux premiers soins. Des fonds supplémentaires sont nécessaires pour le déploiement des actions dans la durée.

dimanche 29 avril 2018

Assemblée Générale 2018 à Villié-Morgon

Merci à vous d'être fidèles à ce rendez-vous qui ponctue la vie de notre association. J'apprécie particulièrement ce moment, car une fois l'an, j'ai la chance d'être entouré par celles et ceux qui font "ensemble, agissons". Vous êtes mes plus fidèles supporters et c'est un grand bonheur de vous accueillir ici dans le Beaujolais qui vient d'être labellisé Geopark mondial par l'Unesco. Cela fait déjà 9 ans que l'association a été créée et l'an prochain, nous fêterons donc notre dixième anniversaire.


L'association se porte bien. Nous approchons le nombre de 100 adhérents. Nous comptabilisons à ce jour 66 parrainages enfants et 10 parrainages santé. Les enfants et les familles sont très reconnaissantes du soutien que nous leur apportons et l'équipe de Vimukti Pothnal, sous la houlette de notre ami Satish, fait un travail remarquable salué par tous. J'ai aussi la chance, depuis le début de cette aventure, d'être bien entouré et soutenu par une marraine et des membres du conseil d'administration très investis et qui mettent leurs compétences au service de l'association. Grâce à eux, ensemble, agissons reste dynamique et au plus près du Projet initial, tout en prenant en compte son évolution.. Merci enfin aux membres bienfaiteurs, avec une mention spéciale à Patrice Fabart. Sans son apport financier et sa grande générosité, nous n'aurions pas avancé aussi vite.

Cette année, nous avons été encore nombreux à nous rendre à Pothnal. Bernadette et moi en novembre dernier. Puis Véronique, Clémentine et Alix au début de février. Nous rendrons compte de nos séjours respectifs dans le premier temps de l'après-midi. Dans un second temps, nous vous présenterons un travail réalisé par Elvin Lopes, jeune capucin assistant du Directeur, sur chacun des enfants parrainés. Nous répondrons à vos questions et nous échangerons sur différents points qui vous intéressent plus précisément. Puis nous partagerons le verre de l'amitié et vous pourrez découvrir les objets manufacturés que nous nous avons rapporté de notre voyage. Des objets achetés sur fonds personnels et que nous vendons au bénéfice de l'association. Après le dîner vous découvrirez en avant-première, le documentaire "Destins de femmes indiennes" dont le montage a été finalisé il y a une dizaine de jours seulement. Je remercie chaleureusement celles et ceux qui ont apporté une contribution financière à la réalisation de ce film qui servira de support à notre communication dans les mois à venir. Nous réserverons la matinée de dimanche à l'Assemblée statutaire: rapport d'activités, rapport financier, élections au conseil d'administration, projets d'activités, questions diverses...


jeudi 26 avril 2018

"Safe village program" contre les trafics humains

On estime à environ 10 millions le nombre de femmes et de jeunes filles qui se prostituent en Inde. Un grand nombre d'entre elles sont prisonnières de bordels où la violence, souvent mortelle, a force de loi. Ces femmes et ces jeunes filles sont kidnappées et forcées à devenir des esclaves sexuelles. Beaucoup de ces jeunes filles ont été vendues par leurs parents. Les filles qui habitent dans des villages isolés sont particulièrement ciblées, en échange de la promesse d'une éducation, d'un travail ou d'un mariage. Les parents tombent dans le piège car ils ignorent tout de ces pratiques.


Conscient de cette dure réalité, Vimukti Pothnal a mis en oeuvre un nouveau programme intitulé "Safe Village Program", afin de prévenir la population appartenant aux 212 villages du district de Manvi, Raichur et mettre un terme à ces abus sexuels en alertant les jeunes filles en amont. La première tâche est la prévention et la prise de conscience du risque élevé de ces pratiques dans la région. La prévention ne peut se faire si les familles ne sont pas informées qu'elles sont la cible des trafiquants. A Manvi, la plupart des familles ignorent que leurs filles vendues sont exploitées sexuellement. Les organisations non gouvernementales multiplient les efforts pour les sauver et les réhabiliter au sein de la société. Le programme de Vimukti vise à aller dans ces zones à risques autour de Raichur, en expliquant notamment aux familles comment elles peuvent protéger leurs enfants. Une campagne importante est actuellement menée par une NGO d'Hyderabad et leur programme est bien accueilli par les familles, les leaders locaux et les membres du Panchayat. Les adolescentes, les enfants scolarisés, bénéficient de ce programme. Les membres de l'équipe de Vimukti leur ont emboité le pas.

samedi 7 avril 2018

Le sida fait aussi des ravages

Mariyamma, la maman de Basamma, un enfant parrainé, a quitté cette vie au terme d'un long combat contre la maladie. Touchée par le Sida, elle bénéficiait d'un traitement depuis 6 ans. Vimukti aidait la famille en lui fournissant de la nourriture et des petits équipements. Ses funérailles ont eu lieu à Markumdini, le village où elle habitait avec Basamma, l'unique fille de la famille.


Le papa de Basamma était également mort du Sida, il y a quinzaine d'années. Les 2 ainés sont mariés. Les deux cadets sont dans un orphelinat à Bangalore et le cinquième garçon travaille comme coolie. Basamma fait partie des enfants dont le parrainage va bientôt s'interrompre car elle vient d'avoir 18 ans. Quel sera son avenir? Son destin est désormais entre les mains de ses frères.

lundi 2 avril 2018

Violence expéditive dans l'Inde d'aujourd'hui


La nouvelle est tombée il y a quelques jours, en provenance de Pothnal. Thimmanna, le papa de Vijay Kumar, un enfant parrainé (au centre sur la photo), est décédé au cours d'une rixe qu'il a lui-même provoqué. Thimmanna était parti vivre à Bangalore avec sa femme et ses deux plus jeunes enfants. En échange des services qu'il rendait comme employé de service dans une institution catholique (sa femme aidait aussi à la cuisine), la famille bénéficiait d'un logement convenable et menait une vie simple et discrète. L'ainé, un garçon de 13 ans, était resté au pensionnat de Sneha Jyothi School, l'établissement dirigé par les Pères Capucins de Pothnal.  Les plus jeunes poursuivaient leurs études au sein de l'école de Bangalore et Thimmanna semblait dévoué au bonheur des siens. Mais la vie en a voulu autrement... Depuis quelques temps, Thimmanna vivait sous l'emprise de l'alcool. Il était devenu violent et battait régulièrement sa femme. Tous les soirs, après sa journée de travail, il allait consommer de l'alcool au bar de la localité. D'après les informations qui nous sont parvenues, Thimmanna, fortement alcoolisé, s'en est pris au tenancier du bar et aux autres. S'en est suivi une bagarre au cours de laquelle Thimmanna a perdu la vie. Aucune plainte n'ayant été déposée, l'affaire a été classée sans suite par la police locale. Thimmana a été rapatrié et enterré dans son village de Dothrabandi en présence des membres de sa famille, du voisinage immédiat et des représentants de Vimukti.

mardi 20 mars 2018

Pour l'interdiction de l'alcool dans les villages du Karnataka

Cela se passe au stade Mahatma Gandhi de Raichur.  Pendant 71 jours, (du 20 février au début du mois de Mai),  des centaines de femmes, en provenance des villages du district, protestent jour et nuit pour demander l'interdiction de l'alcool dans les villages du Karnataka. Chaque jour, elles se réunissent, arborant pancartes et bannières,  pour fustiger la consommation d'alcool. Elles demandent au gouvernement d'interdire complètement l'alcool et aux partis politiques d'inscrire cette interdiction dans leur programme en disant: "Notre vote ira à ceux qui mettront en oeuvre la prohibition."

Les efforts pour alerter la population sur les dangers de l'alcool sont continuellement mis en avant dans ce district où la consommation d'alcool fait des ravages, particulièrement dans les villages  les plus reculés. Plusieurs leaders religieux se sont joints aux manifestants. Leur but, c'est d'élargir considérablement cette prise de conscience parmi les femmes qui vivent en milieu rural afin de combattre l'addiction à l'alcool dans la société. Des représentants des divers partis politiques ont pris la parole et des "mémorandums" ont été remis aux autorités du Karnataka.



vendredi 16 mars 2018

Seulement 5% des femmes indiennes choisissent leur mari


Selon un sondage récent de l'Indian Human Development Survey, seulement 5% des femmes indiennes choisissent leur mari et 27% sont mariées avant 18 ans. Un immense progrès, selon l'Unicef, par rapport au chiffres de la décennie précédente.

Ce résultat encourageant est le résultat d'une vraie prise de conscience quant aux conséquences négatives de ces unions, notamment sur la santé et le niveau de vie. Grâce à un meilleur accès à l'éducation, les traditions sont peu à peu remises en cause. Mais si l'âge légal du mariage en Inde est de 18 ans pour les femmes et de 21 ans pour les hommes, la loi ne semble pas impressionner le peuple indien et le mariage d'enfants mineurs restent très ancré dans la société.

Dans la région de Pothnal, grâce au travail d'information conduit par Vimukti au sein des villages, les mariages d'enfants se font plus rares, car dès qu'ils ont connaissance d'une information relative à un mariage précoce, les animateurs se rendent dans les familles et mettent tout en oeuvre pour empêcher ce mariage, menaçant même les familles de les dénoncer auprès des autorités locales et de la police pour faire respecter la loi. Démarche suffisamment persuasive pour éviter que des enfants soient mariés contre leur gré avant l'âge légal.

lundi 5 mars 2018

Shiva Putra, dit '"Shaputra"


"La première fois où j'ai débarqué dans la cour de l'école où il y avait tous les enfants qui jouaient, du fin fond de la cour, il y a un petit garçon qui a couru vers moi en criant: Mamy, Maman, Mamy,  et qui s'est jeté dans mes bras et qui est resté contre moi, contre ma jambe, pendant tout le temps où il était là, et puis on s'est regardé, il y a quelque chose qui s'est passé. Là c'est une rencontre et là je peux dire que c'est lui qui m'a choisie. Et l'expérience d'être choisie par un enfant, cela n'a aucun prix".

Ainsi s'exprimait Lily Jattiot peu après sa rencontre avec Shaputra en 2011. Il n'avait alors que 7 ans.  Depuis, l'enfant a grandi. Et c'est un jeune homme de 14 ans que nous avons rencontré à Vimukti Pothnal en novembre dernier. Il est venu seul en bus du village éloigné de 40 kilomètres où vivent quelques membres de sa famille. Il est en pension dans un collège privé et rêve de devenir ingénieur. Cet adolescent réservé entretient une très grande affection pour sa marraine qui lui a offert son premier vélo en 2018. Et il s'est empressé de mettre le jean et la chemise qu'il venait de choisir au magasin du village comme pour mieux affirmer sa personnalité.


jeudi 1 mars 2018

Naître fille en Inde

Naître fille en Inde, plus qu'ailleurs, n'est pas toujours un destin enviable. C'est d'abord échapper à l'infanticide encore pratiqué dans les campagnes, être parfois battue, insultée, par des pères ou des frères sans scrupules, se battre quotidiennement pour suivre les chemins de l'école, passer brutalement de l'enfance à l'âge adulte, se soumettre à la tradition du mariage arrangé et de la dot, être victime de la honte ou de l'opprobe du voisinage, c'est travailler dur à la maison, dans les champs ou sur les chantiers, c'est accepter de suivre le chemin de sa destinée.    


A cause d'une préférence pour les enfants de sexe masculin, très ancrée dans la culture, il manque statistiquement plus de 60 millions de femmes en Inde. Ce déséquilibre démographique est la conséquence d'avortement sélectifs en fonction du genre mais aussi au traitement de faveur réservé aux garçons, notamment en matière de nutrition et de santé. De plus, les parents qui ont eu un garçon sont plus susceptibles de s'arrêter là, alors qu'ils seront portés à désirer un deuxième enfant s'ils ont eu d'abord une fille.

En Inde, la naissance d'un garçon donne souvent lieu à des célébrations et procure une grande fierté à la famille. La naissance d'une fille, au contraire, peut plonger les parents dans l'embarras, voire la peine, face à la dot qu'il faudra réunir pour son mariage. Il est acquis que les petites indiennes sont moins instruites que les garçons, qu'elles mangent aussi moins bien et qu'elles sont moins bien soignées. En analysant le taux de natalité du dernier né, le rapport gouvernemental estime  que 21 millions de petites indiennes n'étaient pas vraiment désirées - les parents tentaient en fait d'avoir un garçon.

jeudi 8 février 2018

Une aide gouvernementale pour la construction de toilettes

Vimukti Pothnal, avec le soutien et le collaboration du Panchayat d'Utakanoor, a organisé un programme d'information relatif à la construction de toilettes dans les villages. Une aide financière peut être accordée par le Panchayat, qui relaie les financements gouvernementaux. 98 villageois ont participé à cette journée au cours de laquelle Mr Channa a communiqué aux personnes présentes toutes les informations utiles sur l'aide accordée, insistant sur la nécessité de construire des toilettes dans chaque maison. Symboliquement, Satish Fernandes, le directeur de Vimukti Pothnal a inauguré le chantier et il a fortement encouragé les habitants du village à profiter de ce plan gouvernemental en s'adressant directement au Panchayat (responsable de village).



samedi 3 février 2018

L'empreinte d'une vie


Partout, en tous lieux, les femmes portent...

Elles portent le bébé venu très tôt dans leur ventre,
Elles portent le fardeau d'une enfance sous le joug,
Elles portent les jarres d'eau sur leur tête,
Elles portent les fagots de mais qui nourrira le bétail,
Elles portent les sacs de blé, de riz ou de coton qu'elles viennent de cueillir,
Elles portent les légumes et les fruits achetés au marché,
Elles portent le linge lavé à la rivière,
Elles portent le sable, le ciment et les pierres du chantier
Elles portent la fatigue d'une journée sans fin,

Elles portent sur leur corps qui se courbe peu à peu l'empreinte d'une vie.

lundi 29 janvier 2018

Satish, le directeur de Vimukti Pothnal, justement récompensé

Notre ami Satish Fernandes, qui dirige le centre Vimukti Pothnal, vient de recevoir la distinction du "Meilleur travailleur social" du district de Raichur. Une juste récompense pour celui qui, depuis 7 ans déjà, conduit les rênes du Projet de Vimukti Pothnal avec un enthousiasme débordant et une énergie incroyable au service des plus pauvres dont il plaide inlassablement la cause. Education, santé, Sida, handicaps physiques et mentaux, droits des enfants, formations des femmes, protection de l'environnement, children's clubs, Parlements des enfants... il est sur tous les fronts chaque fois qu'il s'agit d'accompagner les plus déshérités à faire valoir leurs droits auprès des autorités locales et gouvernementales. Membre du "Comité pour l'aide à l'enfance" du district de Raichur, il représente une source d'espoir pour tous ceux qui sont confrontés au dures réalités de la vie. Grâce à lui et à son équipe, le monde change "peu à peu, miette à miette, goutte à goutte et coeur à coeur". Félicitations de la part de tous les membres de l'association "ensemble, agissons".




vendredi 26 janvier 2018

Rekha, le rêve d'une enfance perdue

Elle s'appelle Rekha. Un prénom qui, en sanskrit, signifie Soleil. Rekha possède deux faces, la première: extérieure, forte rusée, pleine de confiance et de grâce et la seconde beaucoup plus secrète, réagissant intérieurement, renfermée, encaissant les coups en silence. Rekha joue de cette dualité et déconcerte par son comportement ambigu. C'est cette dualité que nous avons pu observer chez cette adolescente à qui nous avons apporté notre soutien car elle fait partie d'une famille nombreuse dans laquelle elle fait figure d'enfant sacrifiée. Son papa, alcoolique et parfois violent, ne s'acharne pas au travail pour entretenir sa famille. Sa maman, fatiguée par les grossesses à répétition, affronte le quotidien avec passivité et nonchalance. La soeur ainée, déjà mariée, est allée vivre dans sa belle-famille, laissant à Rekha le rôle de la servante. Elle supplée aux absences du père en allant travailler aux champs, afin de gagner quelques roupies qui serviront à nourrir la famille.

Et pourtant, dans le fond de son coeur, elle rêve parfois de devenir enseignante. Mais pour cela, il faudrait qu'elle puisse aller régulièrement à l'école, travailler dur et se sentir épaulé par sa famille ou des adultes qui ont confiance en elle. Nous lui avons proposé de venir en pension à Vimukti afin qu'elle puisse se libérer des tâches domestiques et de l'emprise de son papa qui a fait d'elle son esclave. Toutes les conditions semblaient réunies lorsque nous sommes allés voir sa famille en novembre dernier dans leur petite maison du village de Belwata. Les deux parents avaient donné leur accord pour qu'elle rejoigne le petit groupe d'enfants du pensionnat. Elle est venue le lendemain à Pothnal avec un sac à dos contenant vêtements et affaires utiles au quotidien. Nous avons, avec elle, fait quelques achats supplémentaires dans les boutiques avoisinantes pour qu'elle ne manque de rien.... Malheureusement, après l'euphorie des premières heures, nous avons vite déchanté. Elle a prétexté que sa famille lui manquait pour rejoindre, sans informer quiconque, un jeune homme du village prétendument être un ami de la famille... Et le lendemain soir, sans prévenir, elle reprenait le chemin de sa maison, avec toutes ses affaires.

Les membres de l'équipe de Vimukti qui l'ont toujours soutenue, elle et sa famille, nous ont fait comprendre qu'ils étaient las de continuer à s'occuper d'elle car le même scénario se répétait inlassablement et que ce n'était sans doute pas très juste de dépenser tant d'énergie pour un tel résultat. Nous avons dû, nous aussi, nous incliner devant ce constat désarmant. Que faire face à une telle situation? D'un commun accord, nous avons décidé d'attendre encore un peu et de lui donner une dernière chance à l'occasion de la rentrée prochaine. D'ici là, l'aménagement de la maison "Merci Nivas" sera terminé et un hébergement gratuit sera proposé aux jeunes adolescentes qui souhaitent poursuivre des études dans d'excellentes conditions d'accueil. Rekha saura-t-elle saisir cette chance?

samedi 20 janvier 2018

Santa, le conciliateur

Décembre 2008. Santa Lopes était étudiant à la Faculté Catholique de Lyon et il avait entamé un Master en philosophie. Nous étions réunis ce soir-là pour évoquer, avec notre ami Alwyn Dias, la création de l'association et le partenariat que nous allions mettre en oeuvre avec Vimukti dans la région de Pothnal au nord du Karnataka. Au cours de cette première rencontre, il n'était pas très bavard mais déjà très attentif aux propos que nous échangions avec Alwyn. 

Lorsque nous sommes allés en Inde au printemps 2010 pour découvrir le Projet de Pothnal, il était encore en France. Il s'est intéressé au projet et il a assisté à l'Assemblée Générale qui a eu lieu cette année là à Chiroubles. En juin de la même année, il obtenait son Master en philosophie en présentant un dossier sur la non-violence, dans la lignée d'Emmanuel Mounier. Celles et ceux qui l'ont rencontré peuvent témoigner de la grande simplicité, de l'exigence intellectuelle et de la profondeur d'un homme chaleureux qui a accompagné l'association au cours de sa première année d'existence.

"Mon séjour en France a été une grâce et en même temps une grande découverte de la générosité des amis... On existe à partir d'autrui, on existe à partir du don d'autrui. c'est la beauté de la vie, c'est la vie que j'ai découverte en France et je n'oublierai jamais cette expérience précieuse, je la porterai toujours dans mon coeur... J'apprécie la générosité de chacun des amis que j'ai rencontrés et qui m'a donné son temps, son écoute et ses appréciations. Je saisis cette occasion pour vous remercier tous très vivement."



A son retour en Inde en 2011, il est nommé Directeur de l'Institut de Théologie de Mysore et il y enseigne la philosophie. Discret et mesuré, il sait écouter et entendre, car il a bien assimilé les différences culturelles entre l'Orient et l'occident. Voici ce que disait de lui notre amie Lily Jattiot:

Parlant français, anglais, hindi, il fera sans cesse le pont entre les orientaux hindous et les occidentaux que nous sommes, nous évitant bévues et maladresses toujours possibles, malgré (ou à cause de) notre bonne volonté, et tempérant aussi les ardeurs de nos hôtes indiens, pour nous permettre de souffler parfois... Tâche délicate qui lui a demandé une vigilance permanente.
Il a su nous stopper dans certains désirs d'intervention intempestives, de propositions d'aide ou de changements inappropriés... nous arrivons avec nos modèles de vie qui, plaqués en Inde, seront inévitablement voués à l'échec, des greffes maladroites qui seront rejetées...
Il a su aussi nous faire voir et sentir ce qui serait utile et adapté, mais qui ne nous serait pas forcément venu à l'esprit: rendre des visites de courtoisie, écouter des discours et en prononcer nous-mêmes, suivre un protocole qui nous échappe, afin de respecter des rituels collectifs locaux si importants pour la cohésion de la communauté, etc.
Il a traduit nos demandes, anticipé nos désirs, tout en nous laissant beaucoup de liberté d'être nous-même. Nous avons ressenti beaucoup de respect mutuel et d'affection.

Janvier 2018. Après 6 années de bons et loyaux services auprès des frères et soeurs de sa communauté, le voilà revenu pour un temps en Europe. Inscrit à l'Université de Louvain en Belgique, il y prépare un doctorat en philosophie.

samedi 6 janvier 2018

Une journée santé dans un village

COORDINATION « PARRAINAGES SANTÉ  » - UNE JOURNÉE SANTÉ  - N° 1

Zone rurale isolée dans le nord du Karnataka, la région de Pothnal est le secteur géographique choisi par Vimukti et Ensemble agissons pour développer un projet d’éducation et de santé pour les femmes, les enfants et les familles les plus démunies. Parmi les objectifs phares du Projet, le programme santé. Considérant que la santé est le bien le plus fondamental de chaque être humain, la démarche est d’associer l’infirmière, en tant que membre de l’équipe à toutes les actions du Projet et d’avancer à partir d’actions concrètes auprès des populations.


Une journée santé est organisée chaque semaine dans l’un des 16 villages du Projet .
Concrètement, une journée santé débute au siège social de Vimukti. Jecintha, animatrice expérimentée, prépare, avec Nagaratna l’infirmière, le matériel nécessaire au bon déroulement de la journée : le matériel médical, les médicaments, la bannière d’information de la journée.
Charli, l’animateur responsable du village de Malkapura, a informé au préalable les familles du village et des alentours. 40 minutes de scooter sont nécessaires pour atteindre le village de Malkapura où se déroule le programme du jour.

Nagaratna et Jecintha font équipe pour la mise en oeuvre de cette action.
Dans une petite maison, une pièce d’environ 35 m2, qui fait également office de jardin d’enfants de l’école maternelle gouvernementale, a été mise à disposition pour l’occasion. Une enseignante a préparé la venue des animateurs de Vimukti. Les femmes et enfants arrivent au fil des minutes en cette fin de matinée. Une quarantaine de femmes de tous âges et une trentaine d’enfants s’entassent dans ce petit espace .

Charli prononce quelques mots de bienvenue. Il débute cette rencontre par une information simple et claire sur les principes fondamentaux d’une alimentation équilibrée et la présentation des éléments nutritifs indispensables à une bonne santé: aliments riches en protéines, produits laitiers, céréales, fruits et légumes.

Puis, Nagaratna débute les consultations : prise de la tension artérielle, écoute des symptômes ressentis, prescription de médicaments distribués par Jecintha. Pour quelques femmes, une piqûre est nécessaire. Elle est effectuée sur le champ. Les pathologies récurrentes concernent les carences nutritionnelles, l’anémie, les douleurs articulaires et les maux de tête. Quelques poignées de céréales sont distribuées aux femmes et aux enfants avant leur départ.

Informer et mettre en oeuvre des comportements simples respectant l’hygiène fondamentale pour tendre vers une nutrition équilibrée en céréales, produits laitiers, fruits et légumes est la première étape.
Le soutien « santé » est véritablement un soutien de proximité qui vient en complémentarité des actions menées par les instances  gouvernementales.

Si vous souhaitez rejoindre le "parrainage santé", vous pouvez contacter  bernadette.leguil@gmail.com, 06 49 56 68 51 

jeudi 4 janvier 2018

La santé est la première des libertés

COORDINATION « PARRAINAGES SANTÉ  » - LES FONDAMENTAUX - N° 0  

Conçue comme un outil de communication et un lien avec les personnes engagées dans les « parrainages santé » proposés par l’association « Ensemble, agissons », cette première lettre d’information est une passerelle entre les parrains et l’équipe opérationnelle de Vimukti qui met en oeuvre des actions concrètes relatives à la santé en direction des populations les plus démunies de la région de Pothnal.

Le développement du volet santé a débuté en 2015 grâce à deux dons exceptionnels qui ont notamment favorisé le recrutement d’une infirmière au sein de l’équipe d’animateurs.

En 2016, les premiers «  parrainage santé » ont permis, à celles et ceux qui le souhaitent, de cibler leur dons mensuels en direction de la santé, en soutenant concrètement les actions réalisées sur le terrain.
La charte qui fixe les objectifs et les axes majeurs des actions, comprend trois volets fondamentaux et complémentaires en lien avec la philosophie du projet :
                                              
Repérer et Informer,
Accompagner et Coopérer,
Agir et Évaluer

«  La santé est la première des libertés »

Ce qui a été fait en 2016-2017 :
Le recrutement d’une infirmière au sein de l’équipe,
La réalisation dun état des besoins, le repérage des priorités à prendre en compte  ,
Une première information dans les écoles sur les questions d’hygiène, de prévention, le suivi médical des enfants parrainés et de leurs familles .
L’intervention de l’infirmière lors des regroupements et actions du projet (camps d’été, réunions de femmes et d’adolescentes…)
Un accompagnement des femmes enceintes

Ce qui va être réalisé en 2017-2018 :
Le développement des coopérations et des complémentarités avec les structures de santé
Le développement des permanences « santé » dans les écoles
Le développement de l’accompagnement des femmes enceintes
Une journée « Santé » par semaine dans tous les villages du projet
La  présence systématique de l’infirmière lors des regroupements et actions du projet
L’évaluation des actions réalisées en 2017

lundi 1 janvier 2018

samedi 30 décembre 2017

lundi 18 décembre 2017

47 ans au service de Swamiji, son maître jaïn


J'ai rencontré Sumitra pour la première fois en 2015. Chaque fois que je me rends à Chikkodi, je m'attarde au temple jaïn de Shanti Giri pour lui rendre une courte visite. Elle me reconnaît au premier coup d'oeil et elle s'empresse d'aller chercher un mélange épicé de sa composition, dont elle prend soin d'écarter les piments que je redoute. 

"Je m'appelle Sumitra. J'ai 80 ans. Je vis ici depuis 47 ans. Du vivant de Swamiji, mon guru, j'étais entièrement vouée à son service. Je préparais tous ses repas et je les lui portais un fois par jour. Mais cette nourriture devait être propre et pure, c'est-à-dire purifiée. Pour faire les repas, je devais aller chercher de l'eau en bas de la colline, parce que c'était de l'eau pure dont j'avais besoin pour cuisiner.  Plus d'un kilomètre et demi à parcourir, une ou deux fois par jour. Je portais la jarre d'eau sur ma tête ou sur l'épaule avant de remonter ici au temple pour préparer la nourriture. J'ai fait cela pendant 47 ans. Un dur labeur, et j'ai fini par ne plus pouvoir me redresser. J'ai travaillé comme un homme...

Ce n'est pas la quantité qui importait, mais la qualité. C'est la manière de faire, de servir le guru qui compte. Avec beaucoup d'amour et de dévotion... Ce que nous mangeons, c'est aussi de la nourriture spirituelle. Ce qui est important , c'est l'amour que nous mettons dans la préparation des repas. C'est cela qui est important...

Pendant les 47 années que j'ai passée ici, j'ai mangé uniquement ce que j'ai cuisiné. Rien qui soit venu de l'extérieur. Je ne suis jamais partie. Je n'ai jamais mangé ailleurs qu'ici. Je n'ai jamais mangé quelque chose préparé par quelqu'un d'autre. Seulement ce que je prépare...

Je me suis mariée à 15 ans, mais dès que j'ai eu 16 ans j'ai tout quitté pour venir me mettre au service de mon maître...Voyez cette photo: C'est Indira Gandhi, le premier ministre de l'Inde et là c'est Swamiji, mon guru. Je l'avais accompagné à Delhi, il y a plus de 50 ans...

Je crois à la transmigration des âmes, à la renaissance. Nous sommes des êtres vivants comparables aux animaux, aux arbres. Pour renaître il faut mener une vie pure, exempte de mauvaises intentions. Le bien et le mal font partie de notre vie mais nous devons toujours choisir ce qui est bon. Nous ne devons pas tuer, c'est la règle de l'ahimsa, la non-violence. La non violence à l'état pur. Dans la religion jaïn, on de doit pas tuer les animaux. nous sommes végétariens et nous marchons toujours pieds-nus. Nous fermons la bouche pour ne pas avaler d'insectes..."

Avec l'approche de quelques visiteurs de passage, nous quittons Sumitra en lui promettant de revenir l'année prochaine. Une femme simple et digne. Elle a consacré sa vie à son maître qui a quitté cette vie il y a 17 ans. Elle lui voue encore une vraie dévotion, jusqu'à son dernier souffle.

dimanche 10 décembre 2017

Un film jugé blasphématoire par le parti au pouvoir


Le film Padmavati, qui vient juste de sortir en Inde, suscite de nombreuses polémiques alimentées par le parti au pouvoir (BJP) dirigé par le Président Narenda Modi. Réalisé dans la plus pure tradition de Bollywood par Sanjay Leela Bhansali, ce film est inspiré du destin d'une reine indienne du Rajasthan ayant vécu à la fin du 13ème siècle, d'après un poème écrit en 1540 par un auteur soufi. Cette jeune reine, appelée Padmavati, refuse de se donner à un sultan musulman qui a envahi sa ville et se jette dans les flammes du bûcher de son époux afin de le rejoindre dans la mort.

Cette évocation de l'Inde médiévale n'est pas du goût de la frange extrémiste du BJP qui considère ce film comme un sacrilège au regard de l'histoire. A tel point que l'actrice Deepika Padukone et le réalisateur ont reçu des menaces de mort. Dans une Inde fracturée où la violence grandit depuis l'élection de Modi, il y a lieu de s'inquiéter de voir ressurgir les vieux démons qui ont fait tant de victimes dans les combats fratricides entre hindous et musulmans.


mardi 5 décembre 2017

Des sanitaires partout, pour tous et tout le temps


Plus de 700 millions d'Indiens qui ne possèdent pas de toilettes sont obligés d'aller déféquer à l'extérieur. Au cours de 8 dernières années, seules 5 % des familles ont arrêté de faire leur besoins en plein air. Comme l'explique Satish Fernandes, le directeur de Vimukti Pothnal, on se heurte à des habitudes tellement ancrées culturellement que les arguments sanitaires ne suffisent pas toujours à convaincre. Les femmes craignent d'être davantage recluses à l'intérieur de la maison et considèrent ce choix comme une atteinte à la liberté de se retrouver entre elles pour échanger à la tombée de la nuit.

"Les efforts pour accéder l'eau propre, l'hygiène sanitaire contribuent aussi à réduire la mortalité infantile et la malnutrition. Cela évite que des jeunes filles quittent l'école prématurément en raison de l'absence de toilettes". Satish Fernandes, le directeur de Vimukti Pothnal poursuit: "notre moteur, c'est de voir un village propre, équipé de toilettes pour tous, partout et tout le temps". Vimukti collabore ainsi avec les associations, les organisations non gouvernementales, les écoles pour montrer toute l'importance de l'usage des sanitaires dans les villages, en multipliant les réunions d'informations et les requêtes auprès des autorités locales et gouvernementales. 152 familles ont ainsi rempli un dossier qu'ils ont remis en mains propres aux autorités pour recevoir l'argent nécessaire à la construction de toilettes. Si tout va bien, elles pourraient bénéficier de cette aide en Janvier prochain.


samedi 2 décembre 2017

Eduquer les filles... et les garçons!


"Quand on me racontait l'histoire de Gautama Buddha, à chaque fois je m'interrogeais sur sa femme et son fils qu'il avait abandonnés", écrit Vikram Bhattacharya.

Il est parti au milieu de la nuit le jour où son fil est né. Quand elle a appris la nouvelle, sa femme a été naturellement anéantie. Cependant, elle n'a pas porté plainte mais sa vie a perdu tout son sens. Sa seule raison de vivre, c'était son fils. Elle souhaitait qu'il devienne un homme aux yeux du monde. Ses amis et sa famille vinrent la voir et lui demandèrent d'oublier l'homme qui les avait quittés et de repartir à zéro. Ils lui demandèrent de se remarier mais elle refusa. Elle était jeune et belle, les prétendants ne manquaient pas, mais elle disait toujours non.

Alors un jour il revint et se tint en face d'elle. Elle se rappelait à peine qu'il l'avait quittée. 
- Il t'appellent Buddha maintenant, lui dit-elle avec douceur. 
- J'ai entendu cela lui répondit-il d'un ton calme et mesuré. 
- Qu'est ce que ce mot veut dire? poursuivit-elle. 
- Je pense que cela veut dire celui qui est éclairé, celui qui possède la vérité, répliqua-t-il. 
Elle sourit en silence. 
- J'imagine que nous avons appris tous les deux quelque chose. Votre enseignement, Ô Buddha, va enrichir la spiritualité dans le monde, mais ma leçon à moi, malheureusement, restera moins connue, soupira-t-elle. 
- Et quel est cette leçon? interrogea le Buddha. 
Ses yeux se remplirent de larmes. 
- Q'une femme courageuse n'a besoin de personne pour être complète. Elle a tout en elle.

L'autre jour je parlais avec une personne et la conversation portait sur le changement qu'une femme voudrait voir. Cela semblait tout simple. Chaque mère désire que sa fille ait une vie meilleure que la sienne. Elle lui apprend à être audacieuse et indépendante. Elle souhaite voir le changement qu'elle a désiré pour sa fille. Mais qu'une mère n'essaie jamais de changer son fils, c'est cela qui est triste.

Merci Arun de m'avoir rapporté cette histoire. Et si c'était cela le changement à venir...



lundi 27 novembre 2017

Academy of Bharatanatyam in Bangalore

Dimanche 26 Novembre à Bangalore. Nous avons rendez-vous avec Gayathri Keshavan, fille et disciple de Sri T. K. Narayan, un danseur de Bharatanatyam connu internationalement dans les années 50 du siècle dernier et fondateur de l'Academy. Gayathri s'est produite dans de nombreux festivals en Inde, aux Etats-Unis et en Europe. Elle a également deux filles (l'une vit à Singapour, l'autre à Londres). Toutes les trois poursuivent et maintiennent vivante la tradition familiale d'un enseignement authentique du Bharatanatyam, bien connu pour la précision et la pureté du geste. Son expérience de plus de 40 années en tant qu'artiste, enseignante et maître de chant carnatique, elle le transmet à des centaines élèves du monde entier qui viennent s'initier à cet art pendant de longues années.

Pendant plus de 2 heures, Gayathri et neuf élèves avancés (8 filles et 1 garçon), nous font découvrir l'essence même du Bharatanatyam. Gayathri nous explique dans le détail et démonstrations à l'appui, toutes les facettes de cet art exigeant profondément enraciné dans la tradition culturelle de ce pays. Caméra à l'épaule, j'enregistre les nombreuses danses qui composent ce programme mené tambour battant par une pédagogue généreuse qui excelle aussi dans le registre du chant et des petites percussions. Pour notre plus grand bonheur, les étudiants se donnent à fond dans cet exercice pour lequel il consacrent une grande partie de leur temps, car certaines sont étudiantes, d'autres ont un métier ou sont femmes au foyer. A l'issue de la présentation, ils nous expliquent pourquoi ils ont fait le choix du Bharatanatyam et la place que cette forme de danse tient dans leur vie. Cette magnifique rencontre est clôturée par un repas finement épicé partagé avec les autres membres de la famille. Merci, chère Gayathri, pour votre accueil simple, chaleureux et authentique, à l'image de votre art.


dimanche 26 novembre 2017

Dix ans... déjà !

C'était en Avril 2007. Nous venions en Inde pour la première fois. But de notre voyage: rencontrer Vishalakshi, 12 ans, que je parrainai depuis 2004 grâce à l'association "Un enfant par la main". Deux ans plus tard, l'association "ensemble, agissons" était créée... A chacun de mes périples au Karnataka (c'est mon dixième séjour), je rends visite à Vishalakshi à Ujire  ou à Mangalore où elle exerce depuis quelques mois le métier d'infirmière.


Il faut pas moins de 13 h de bus pour se rendre de Pothnal à Mangalore. Taxis, autocars ou rickshaws sont les moyens de locomotion les plus utilisés car peu onéreux dans un pays où les distances, mêmes courtes, prennent beaucoup de temps. Le réseau routier laisse vraiment à désirer car le bitume ne résiste guère aux très fortes pluies en période de mousson. Par bonheur (mais la vie ne fait jamais les choses à moitié), Vishalakshi a réussi à prendre deux jours de congés pour être avec nous et fêter le dixième anniversaire de notre rencontre. 

Nous sommes retournés à Ujire, son village natal. Nous avons fait une halte au Projet Vimukti qui l'a accompagné durant toutes ces années. Nous avons rendu visite à sa famille dans la petite maison isolée au milieu d'une végétation abondante (rien à voir avec l'aridité et la sécheresse qui sévit à Pothnal). Nous lui avons offert son premier ordinateur, en guise de remerciement pour le chemin parcouru et devenir une jeune femme autonome, fière de sa réussite et consciente de la chance qu'elle a eu de nous rencontrer. "C'est en donnant que l'on reçoit", c'est le premier message que j'ai reçu en arrivant ici en Inde, il y a dix ans déjà.

mercredi 15 novembre 2017

Des écoles sans toilettes... c'est aussi l'Inde d'aujourd'hui


Une quarantaine d'enfants et quelques parents sont arrivés tôt dans la matinée à Vimukti, en provenance des villages de Markumdini, Karabdini, Udbal et Pothnal. A la journée nationale des enfants (children's day), ils ont préféré se mobiliser pour venir défendre leurs droits auprès des autorités régionales. Pushpa, la cuisinière du pensionnat, s'était levée aux aurores afin de préparer une grande marmite de riz palan qui allait combler tous les appétits. Après avoir chargé pancartes et bannières sous les banquettes, petits et grands se sont agglutinés comme des sardines dans les deux voitures louées pour la circonstance, les plus hardis s'installant sur le toit, jambes repliées entre les tiges de la galerie. Destination: Raichur. Objectif: déposer un mémorandum auprès des représentants du gouvernement afin d'obtenir des commodités dans les écoles. Dans les villages les plus reculés du Karnataka, comme c'est le cas ici, il n'y a pas encore de toilettes....


Il faut plus de 2 heures pour se rendre à Raichur. Nous avons dû nous arrêter à plusieurs reprises car certains enfants vomissaient le repas du matin. Sous une grande bâche installée en bordure de la route face au jardin où siège les autorités du district, les animateurs ont déployé les bannières et les enfants ont décrit (dessins à l'appui) la situation dans chacun des villages qu'ils représentaient. Relayés par quelques adultes, ils ont crié des slogans pour réclamer des commodités dans les écoles et plus de justice. Un mémorandum déposé six mois plus tôt était resté lettre morte. De nombreux médias locaux et régionaux étaient présents. Kaveri, Pavithra, (deux enfants parrainés) et quelques autres ont pris la parole face aux caméras, exigeant des toilettes pour tous. Satish, le directeur de Vimukti Pothnal, a fait part aux autorités de sa détermination. "Tant que nous n'obtiendrons pas gain de cause, nous reviendrons et nous continuerons la lutte. Si beaucoup d'enfants ne viennent pas à l'école (notamment beaucoup de filles) c'est parce qu'il n'y pas de toilettes. Les enfants défèquent à proximité de l'école et les mouches pullulent au moment des repas. Cela ne peut plus durer". 


Quand les représentants du gouvernement régional sont arrivés (après plus de 3 heures d'attente), ils ont écouté passivement les rapports circonstanciés remis par les officiers d'éducation, ne prêtant pas attention aux enfants et renvoyant à plus tard des décisions dont ils n'étaient pas maîtres, ont-ils dit. Depuis que le BJP a pris le pouvoir sous la Présidence de Moodi, bien peu a été fait en matière d'éducation. Nous avons aussi observé dans les villages que l'environnement n'était pas une priorité. Il est indispensable que des associations telles que Vimukti se mobilisent pour le développement de l'éducation et de la santé. Nous sommes à leurs cotés.

jeudi 9 novembre 2017

Un premier groupe de femmes à Vimukti Pothnal

Elles sont venues de plusieurs villages en fin de matinée. Certaines sont arrivées à pied accompagnées par un un fils ou un cousin, d'autres sont sorties d'une fourgonnette qui fait office de taxi pour les plus pauvres. Sous l'impulsion de Mariamma, une animatrice expérimentée récemment recrutée par Vimukti,  elles ont montré qu'elles pouvaient se mobiliser pour faire entendre leur voix. Jeunes et moins jeunes, elles étaient plus de 80, assises à même le sol sous le hall, fières de participer pour la première fois à cette rencontre que j'avais l'honneur d'inaugurer, après avoir écouté en silence l'hymne du Karnataka. "C'est une première étape et le début d'une nouvelle aventure pour les femmes de cette région. Soyez fières d'être femmes. Faites entendre votre voix pour plus de justice et d'équité et menez le combat contre les inégalités flagrantes dont vous êtes trop souvent victimes. Nous sommes à vos cotés. Merci d'être là, si nombreuses, pour ce premier rassemblement."


Un conteur a d'abord tenu en haleine un public conquis et hilare. Fortement encouragées par Satish et Yasheela, quelques femmes ont pris la parole pour témoigner de situations qu'elles déploraient dans leur village. Ensemble, elles seront plus fortes et elles pourront mieux défendre leurs droits face à une administration qui a une fâcheuse tendance à faire la sourde oreille. Devant la bannière, poings levés, elles ont repris en choeur quelques slogans et entonnées un chanson. Nagaratna, la nouvelle infirmière, les attendait ensuite pour une visite santé: vérification de la tension, assortie parfois d'une injection mais le plus souvent de quelques médicaments génériques susceptibles d'apaiser quelques douleurs ou insuffisances. C'était Jeudi, jour de marché à Pothnal.


lundi 6 novembre 2017

Journée avec les enfants parrainés


Ils étaient 50 (sur 65) à participer à la journée qui leur était dédiée. Certains parents avaient fait le choix de travailler aux champs car les pluies ont été abondantes cette année et les cultures (coton et riz) s'annoncent plus abondantes. Ils sont arrivés un à un, accompagnés leur grand frère, de leur cousin, de leur oncle ou de leur tante, parfois du papa et de la maman, car il faut dire que les familles ne sont pas toutes impliquées de la même manière et toutes n'ont pas la même compréhension de l'aide que nous leur apportons. Tout dépend de la situation familiale de chacun et du niveau de pauvreté (intellectuel, psychologique ou moral) de la famille.

Tous ceux qui ont répondu présents ont eu à coeur de participer joyeusement à cette rencontre placée sous le signe du partage et de la convivialité. Les jeux collectifs, animés avec beaucoup d'entrain par Elvin, l'assistant du directeur, ont créé l'ambiance. Chacun a donné libre cours aux rires et à la fantaisie. Les écuelles se sont ensuite remplies de pollenta de maïs abondamment sucrée et chacun y a puisé une énergie nouvelle pour l'après-midi. Et c'est devant un parterre attentif que Satish, le directeur de Vimukti Pothnal, et moi-même, avons rappelé l'exigence d'un partenariat basé sur la confiance et la réciprocité. Les membres de l'association "ensemble, agissons" sont tous bénévoles et la totalité des fonds collectés vont au Projet d'éducation et de santé de Vimukti Pothnal. Cela implique que l'enfant aille très régulièrement à l'école et que la famille bénéficie d'un suivi santé permanent.
Tour à tour, les enfants sont montés sur la scène où ils ont déployé tous leurs talents, alternant chants et danses, chaudement applaudis par un public tout acquis à la joie d'être ensemble. La photo de famille a clôturé cette belle journée.