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vendredi 14 avril 2023

Ambedkar Jayanti, le Père de la Constitution indienne

Ambedkar Jayanti est un évènement national qui commémore l'anniversaire de la naissance du militant des droits civiques, le Dr Bhimrao Ramji Ambedkar. Chaque année, le 14 avril, des personnes de différents horizons se réunissent pour rendre hommage à sa contribution incessante à la destruction du système des castes et de l'intouchabilité en Inde. Il a consacré toute sa vie au service du pays et a joué un rôle central dans la protection des droits de la communauté dalit, l'élaboration de la nouvelle constitution du pays, la création de la Banque centrale de l'Inde, la compréhension de l'économie indienne et l'ouverture de diverses passerelles économiques avec les campagnes. Affectueusement rappelé comme le père de la Constitution indienne, l'anniversaire de la naissance du Dr Bhimrao Ambedkar est observé comme un jour férié depuis 2015.


dimanche 10 décembre 2017

Un film jugé blasphématoire par le parti au pouvoir


Le film Padmavati, qui vient juste de sortir en Inde, suscite de nombreuses polémiques alimentées par le parti au pouvoir (BJP) dirigé par le Président Narenda Modi. Réalisé dans la plus pure tradition de Bollywood par Sanjay Leela Bhansali, ce film est inspiré du destin d'une reine indienne du Rajasthan ayant vécu à la fin du 13ème siècle, d'après un poème écrit en 1540 par un auteur soufi. Cette jeune reine, appelée Padmavati, refuse de se donner à un sultan musulman qui a envahi sa ville et se jette dans les flammes du bûcher de son époux afin de le rejoindre dans la mort.

Cette évocation de l'Inde médiévale n'est pas du goût de la frange extrémiste du BJP qui considère ce film comme un sacrilège au regard de l'histoire. A tel point que l'actrice Deepika Padukone et le réalisateur ont reçu des menaces de mort. Dans une Inde fracturée où la violence grandit depuis l'élection de Modi, il y a lieu de s'inquiéter de voir ressurgir les vieux démons qui ont fait tant de victimes dans les combats fratricides entre hindous et musulmans.


lundi 10 juillet 2017

L'indépendance de l'Inde et la partition des Indes

Mars 1947. Après 300 ans de domination anglaise, le Palais du Vice-Roi ouvre ses portes une dernière fois pour accueillir Lord Mountbatten et sa famille. Petit-fils de la reine d'Angleterre et nommé dernier Vice-Roi des Indes, Dickie Mountbatten doit préparer le pays à l'Indépendance. Mais la tâche s'avère plus ardue que prévue. Après d'âpres négociations avec Nehru, Gandhi et Jinnah, perturbées par de violents conflits religieux, il n'aura d'autre choix que d'entériner la partition des Indes et la création d'un nouvel Etat, le Pakistan. 
Dans le même temps, Jeet et Aalia, deux jeunes indiens au service du Palais et que la religion oppose, subiront ces évènements et auront à choisir entre leur amour et leur attachement à leurs communautés.
La décision de Lord Mountbatten va provoquer l'un des plus grands déplacements de population de l'Histoire et ses conséquences se font encore ressentir aujourd'hui.

Dans la lignée de "Gandhi" et de "La route des Indes", le dernier Vice-roi des Indes est une fresque fastueuse, spectaculaire et pédagogique au sens où elle participera à mieux faire connaître cet épisode de l'histoire souvent méconnu des occidentaux. Inspirée de son passé familial, la réalisatrice anglo-indienne Gurinder Chadha nous raconte avec force détails très réalistes cette période où s'entremêlent la petite et la Grande Histoire au travers d'une histoire d'amour entre un jeune hindou et une jeune musulmane.

Pensant construire la paix, le Vice-roi va conduire le pays vers l'indépendance et le chaos. Son corollaire tragique: la partition entre la Nouvelle République de l'Inde à dominante hindoue et le Pakistan, Etat musulman créé au prix d'un exode et de massacres d'une violence extrême. L'indépendance de l'Inde sera chèrement acquise le 15 Août 1947, il y a seulement 70 ans.

mercredi 25 janvier 2017

A propos des "Devadasis"

Le terme "Devadasi" évoque un passé mystique plein de dévotion et de dévouement envers les divinités de la part de jeunes filles entonnant des chansons célestes et pratiquant des danses sensuelles pour le compte de rois et de mécènes. Les "dévadasis", très adulées à la fin du dix neuvième siècle et au début du vingtième siècle dans le sud de l'Inde ont permis la préservation et la transmission des arts et ont notamment servi de modèle au Bharatanatyam. Bangalore Nagarathnamma fut l'une des égéries de cette période et une étoile dans le firmament culturel de Madras dans les années 20 et 30 au siècle dernier. Une femme exceptionnelle, en avance sur son temps, une combattante pour les droits des devadasis et des femmes en général. Sa dévotion envers le compositeur Tyagaraja est légendaire.


Les "devadasis" (servantes de la divinité) furent avant tout considérées comme les gardiennes des arts. Elles avaient pour patronne, la déesse Yellamma, vénérée comme "la Mère de l'Univers". La consécration aux lieux sacrés est vieux comme le monde. Elle était présente en Grèce, dans la Rome antique, en Egypte et dans d'autres cultures anciennes. Il existait une hiérarchie parmi les femmes selon les tâches qui leur étaient confiées, de la vaisselle au ménage, de la confection des guirlandes de fleurs à la préparation de la pâte de santal jusqu'au plus haut niveau de sophistication que représentaient la musique et la danse devant les divinités. Considérées comme les épouses du dieu, elles étaient reconnues comme des personnes respectables au sein de la société indienne. Recrutées sans distinction de caste, elles formaient un groupe de professionnelles au service des temples (elles participaient deux fois par jour aux rituels dédiés à la divinité) et elles agrémentaient les cérémonies, les mariages ou les fêtes solennelles profanes. Etre mariée à la divinité signifiait s'affranchir du veuvage car quand elles mouraient, une période de deuil était instituée. Elles bénéficiaient d'un statut unique, transmis de mère à fille et envié par un grand nombre de femmes car elles pouvaient aspirer à une bonne éducation. Les temples d'une certaine importance pouvaient disposer des services de huit à douze "devadasis". Elles recevaient un salaire fixe pour les cérémonies religieuses mais comme le montant était très peu élevé, certaines finirent par vendre leurs charmes aux brahmanes pour gagner une peu d'argent. Très vite le terme de devadasis fut alors associé à celui de prostituée. L'addiction à l'alcool et au tabac ainsi que les maladies engendrées par des conditions d'hygiène insalubres finirent par condamner un système à bout de souffle qui s'éteint dans les années 60 avant d'être interdit officiellement par la loi dans les années 80. Aujourd'hui dans les campagnes, des femmes portent encore le sceau de cette période révolue et cette pratique résiste encore dans certains Etats malgré les interdits.

dimanche 24 avril 2016

Des joyaux architecturaux au Karnataka

Les temples de Belur et Halebid sont deux joyaux architecturaux de l'empire Hoysala, construits au 12è et 13 siècle AC dans le district d'Hassan dans l'Etat du Karnataka. Je les ai visité à 3 reprises lors de mes séjours en Inde, avec un intérêt toujours renouvelé.

Belur doit sa renommée au temple Channakeshava (nom donné à l'avatar de Vishnu). Sa construction dura plus d'un siècle. Sa façade est couverte de sculptures d'une grande finesse relatant des épisodes de la mythologie qui font référence aux Upanishads, au Ramayana ou au Mahabbaratha. Animaux et divinités ornent les frises dont aucune n'est identique. Des danseuses figées dans des postures érotiques et sensuelles sont directement inspirées du Kamasutra.




Halebid, situé à 16 kilomètres de Belur,  est connu pour son temple Hoysaleswara (dédié à Shiva) dont la construction s'étala sur près de 200 ans. L'intérieur du sanctuaire est ciselé dans une pierre noire qu'il convient d'éclairer avec un projecteur, le temps d'observer tous les détails qu'il recèle. Deux statues du taureau Nandi se dressent à l'ombre du temple comme pour protéger les divinités. Une belle statue de Ganesh vient compléter cet ensemble harmonieux dans son écrin de verdure.




Sur la route qui relie Belur et Halebid, mon Dancy ami stoppe le véhicule et m'invite à le suivre. Un arbre géant déploie ses branchages au-desus de la chaussée. Il me montre du doigt des dizaines d'essaims d'abeilles suspendus au-dessus de nos têtes. Et si l'un de ces essaims venait à tomber... 

samedi 27 février 2016

Sortie à Hampi avec l'équipe


C'est un rituel incontournable et attendu par les membres de l'équipe: la ballade annuelle dans un site touristique loin des tumultes de la vie quotidienne. Cette année, nous avons renoué avec le prestigieux site de Hampi (à 90 kilomètres seulement de Pothnal) qui offre une diversité de paysages et d'innombrables lieux marqués par l'histoire. Entassés dans le petit van généreusement offert l'an dernier par l'un de nos membres bienfaiteurs, nous parcourons des kilomètres au milieu des rizières, des champs de bananiers et des palmeraies qui offrent un tapis de verdure au milieu des pitons rocheux et des chaos de pierres. Au sommet trônent parfois de petits temples hindous qui sont comme une invitation à s'élever et à étancher une soif de spiritualité.


Hampi est un site immense, classé au patrimoine de l'humanité. Celle qui fut l'une des plus grandes villes du monde à l'époque des rois, une ville aussi peuplée que Rome sous l'empire, n'est plus qu'un champ de ruines exhumées lentement par les archéologues. A l'ombre du désordre naturel des rochers, des lieux magiques et des murs ajustés qui ne sont pas sans rappeler les sites précolombiens, des scènes du Mahabharata qui font le plaisir des yeux et de l'esprit... Ici et là sur les pierres polies par le temps, des sculptures-devinettes; selon la façon dont nous posons nos mains, elles révèlent une grenouille, un éléphant, une guenon avec son petit ou bien d'autres choses encore. De chaque coté de l'avenue qui conduit au grand temple de Virupaksha, dédié à Shiva, des échoppes retiennent l'attention des touristes et des babas cool qui ont trouvé ici un îlot de paix et de pérennité. Le grand gopuram s'élève ici à plus de 60 mètres. Plus loin un magnifique bassin entouré d'escaliers, les gahts, est une petite merveille d'architecture. Il faut l'imaginer au temps de sa splendeur avec musiciens et danseuses.


Mais cette sortie est surtout un moment d'échanges, de détente, de convivialité, de rires partagés et de photos prises sur le vif. J'aime ces instants précieux que je partage avec des hommes et des femmes qui ont une autre culture que la mienne mais qui ont au fond du coeur une étincelle de joie et une profonde tendresse pour l'occidental que je suis. J'ai parfois l'impression d'avoir été l'un des leurs dans une histoire ancienne mais c'est sans doute là le miracles des coeurs: abolir toutes les frontières.

mardi 22 septembre 2015

Aum

Aum ou Om est un symbole sacré de l'hindouisme. On le considère comme le son originel et primordial à partir duquel l'Univers se serait structuré. Il est la source de l'existence. Il représente la trinité hindoue.
A, en sanskrit, représente le commencement, la naissance et le dieu créateur Brahma
U, en sanskrit, représente la continuation, la vie et le dieu Vishnu
M, en sanskrit,  signifie la fin, la mort et le dieu destructeur Shiva

Aum sculpté dans le marbre dans un temple Jaïn près de Chikkodi

Aum peint sur le mur d'une maison du village d'Udbal, près de Pothnal

Dans les Upanishads (textes sacrés hindous), la syllabe est décrite comme l'arc qui lance la flèche du soi (atman) vers la cible de l'absolu (le brahman). C'est la syllabe unique et éternelle dont tout ce qui existe est un développement ; le passé, le présent, le futur sont tous inclus dans ce son unique.

Le son Aum est aussi utilisé comme mantra dans l'Hindouisme, le Bouddhisme et le Jaïnisme. C'est une incantation spirituelle que l'on répète au cours des pujas et des cérémonies de passage, tels que les mariages. Utilisé dans les méditations yogiques, il permet d'atteindre l'état de non-pensée. Dans la vie quotidienne, il est souvent porté en pendentif autour du cou, tatoué sur une partie du corps ou présent au début d'un courrier ou d'une page d'examen. Il est représenté dans les temples et les maisons.

mercredi 3 juin 2015

Republic Day in Sumkanoor

Nous sommes le 26 Janvier 2015. C'est la fête Nationale en Inde. Le jour de la République placé sous le patronage de Gandhi et de Nehru, le bâtisseur de l'indépendance. Depuis 1947, on commémore chaque année l'instauration de la Constitution indienne. Le maire du petit village de Sumkanoor, l'un de deux derniers villages rattachés au Projet de Vimukti, a insisté au près de Charli pour que j'assiste à cette parade… Et c'est à 7h du matin (il fait encore très frais sur la moto, peut-être 15°) que nous nous rendons dans ce petit village très isolé situé à 15 kilomètres de Pothnal. A mon arrivée au village, j'observe le ballet des femmes qui viennent puiser l'eau du puits qu'elles portent ensuite fièrement sur leur tête.




C'est dans la petite école publique qu'a lieu le rassemblement. Sous la conduite de leurs maîtres, les enfants portant drapeaux et banderole forment un long défilé qui traverse le village au rythme du tambour. Au retour ils se mettent en ligne dans la cour de l'école face aux invités et aux autorités locales qui ont pris place sur des chaises réservées. Les rares adultes présents observent le cérémonial depuis le muret d'entrée de l'école. Le directeur, qui s'est mis sur son trente et un, hisse les couleurs du drapeau indien pendant que de vieux haut-parleurs  crachent l'hymne national. Charli prend la parole au nom de Vimukti et me tend le micro. J'improvise quelques phrases de circonstance en anglais à l'adresse d'un public étonné et ravi. Quelques représentants locaux prennent également la parole selon un ordre établi. Les enfants exécutent quelques enchaînements de gymnastique qu'ils ont soigneusement répétés des jours durant. Une jeune fille s'illustre par une danse créative qui fait merveille dans ce contexte un peu militarisé. Puis vient le moment de la remise des récompenses. Des coupes sont remises aux plus méritants. Un rituel très apprécié en Inde quelles que soient les circonstances. La fête a duré plus de 2 heures.  La température avoisine maintenant les 25°. J'apprécie cet air chaud sur la moto qui nous ramène à Vimukti.

dimanche 24 mai 2015

Le Yoga, un chemin vers la spiritualité



Après avoir institué un ministère du Yoga en Inde, le Premier Ministre Indien, Narendra Modi a fait passé l'idée auprès de l'Organisation des Nations Unies d'organiser une Journée Internationale du Yoga le 21 Juin. Pratiqué par plus de 250 millions d'adeptes à travers le monde (et par plus d'un million en France) sous les formes les plus variées, le Yoga consiste avant tout  à effectuer une introspection et un travail sur soi afin de se destiner à être mieux avec soi-même et avec les autres dans le monde actuel. C'est aussi pour le plus grand nombre un chemin vers la spiritualité. Gageons que cette bonne idée soit utilisée à des fins qui puissent apporter plus de paix et d'humanité dans un monde qui en a tant besoin.

lundi 19 janvier 2015

"Lettre à ma fille" par Jean-Marie Le Clézio

"Tu as choisi de participer à la grande manifestation contre les attentats terroristes. Je suis heureux pour toi que tu aies pu être présente dans les rangs de tous ceux qui marchaient contre le crime et contre la violence aveugle des fanatiques. J’aurais aimé être avec toi, mais j’étais loin, et pour tout dire je me sens un peu vieux pour participer à un mouvement où il y a tant de monde. Tu es revenue enthousiasmée par la sincérité et la détermination des manifestants, beaucoup de jeunes et des moins ­jeunes, certains familiers de Charlie Hebdo, d’autres qui ne le connaissaient que par ouï-dire, tous indignés par la lâcheté des attentats. Tu as été touchée par la présence très digne, en tête de cortège, des familles des victimes. Emue d’apercevoir en passant un petit enfant d’origine africaine qui regardait du haut d’un balcon dont la rambarde était plus haute que lui. Je crois en effet que cela a été un moment fort dans l’histoire du peuple français tout entier, que certains ­intellectuels désabusés voudraient croire frileux et pessimiste, condamné à la soumission et à l’apathie. Je pense que cette journée aura fait reculer le spectre de la discorde qui menace notre société plurielle. Il ­fallait du courage pour marcher désarmés dans les rues de Paris et d’ailleurs, car si parfaite soit l’organisation des forces de police, le risque d’un attentat était bien réel. Tes parents ont tremblé pour toi, mais c’est toi qui avais raison de braver le danger. Et puis il y a toujours quelque chose de miraculeux dans un tel moment, qui réunit tant de gens divers, venus de tous les coins du monde, peut-être justement dans le regard de cet enfant que tu as vu à son balcon, pas plus haut que la rambarde, et qui s’en souviendra toute sa vie.
Cela s’est passé, tu en as été témoin.
Maintenant il importe de ne pas oublier. Il importe – et cela revient aux gens de ta génération, car la nôtre n’a pas su, ou n’a pas pu, empêcher les crimes racistes et les dérives sectaires – d’agir pour que le monde dans lequel tu vas continuer à vivre soit meilleur que le nôtre. C’est une entreprise très difficile, presque insurmontable. C’est une entreprise de partage et d’échange. J’entends dire qu’il s’agit d’une guerre. Sans doute, l’esprit du mal est présent partout, et il suffit d’un peu de vent pour qu’il se propage et consume tout autour de lui. Mais c’est une autre guerre dont il sera question, tu le comprends : une guerre contre l’injustice, contre l’abandon de certains jeunes, contre l’oubli tactique dans lequel on tient une partie de la population (en France, mais aussi dans le monde), en ne partageant pas avec elle les bienfaits de la culture et les chances de la réussite sociale. Trois assassins, nés et grandis en France, ont horrifié le monde par la barbarie de leur crime. Mais ils ne sont pas des barbares. Ils sont tels qu’on peut en croiser tous les jours, à chaque instant, au lycée, dans le métro, dans la vie quotidienne. A un certain point de leur vie, ils ont basculé dans la délinquance, parce qu’ils ont eu de mauvaises fréquentations, parce qu’ils ont été mis en échec à l’école, parce que la vie autour d’eux ne leur offrait rien qu’un monde fermé où ils n’avaient pas leur place, croyaient-ils. A un certain point, ils n’ont plus été maîtres de leur destin. Le premier souffle de vengeance qui passe les a embrasés, et ils ont pris pour de la religion ce qui n’était que de l’aliénation. C’est cette descente aux enfers qu’il faut arrêter, sinon cette marche collective ne sera qu’un moment, ne changera rien. Rien ne se fera sans la participation de tous. Il faut briser les ghettos, ouvrir les portes, donner à chaque habitant de ce pays sa chance, entendre sa voix, apprendre de lui autant qu’il apprend des autres. Il faut cesser de laisser se construire une étrangeté à l’intérieur de la nation. Il faut remédier à la misère des esprits pour guérir la maladie qui ronge les bases de notre société démocratique.
Je pense que c’est ce sentiment qui a dû te frapper, quand tu marchais au milieu de cette immense foule. ­Pendant cet instant miraculeux, les barrières des classes et des origines, les différences des croyances, les murs séparant les êtres n’existaient plus. Il n’y avait qu’un seul peuple de France, multiple et unique, divers et battant d’un même cœur. J’espère que, de ce jour, tous ceux, toutes ­celles qui étaient avec toi continueront de marcher dans leur tête, dans leur esprit, et qu’après eux leurs enfants et leurs petits-enfants continueront cette marche."
Article de Jean-Marie Le Clézio paru dans le journal "Le Monde" suite à l'attentat du 11 Janvier 2015

samedi 25 mai 2013

En route pour le décollage

Et si le 21ème siècle était celui de l'Inde... 
Dans son livre paru aux Editions Actes Sud, Pavan K.Varma, diplomate et directeur général du Conseil indien des relations culturelles, développe deux idées fortes: nous faire comprendre ce que signifie être indien aujourd'hui ("Being indian" est d'ailleurs le titre original anglais) et de quelle manière ce pays entend exprimer son formidable potentiel. 

Dans l'introduction intitulée "Image ou réalité", il met en évidence les traits dominants et les caractéristiques d'un peuple où richesse et pauvreté, matériel et spirituel, inégalité et démocratie s'entrecroisent dans une écheveau complexe et souvent déroutant pour l'observateur occidental.

Avec la notion de pouvoir, il s'interroge sur le triomphe inattendu de la démocratie qui permet à chacun de grimper dans la hiériarchie sociale en fonction du mérite personnel et des opportunités qui se présentent. "Quand la valeur d'une personne dépend toute entière de la position qu'elle occupe sur l'échelle hiérarchique, l'assertion du statut et sa reconnaissance par les autres revêtent une importance cruciale." Et le maintien (malgré son abolition) du système des castes n'est sans doute pas étranger au respect de la puissance et de l'autorité.

Contrairement à certaines idées reçues, l'auteur explique que les hindous sont orientés vers le bonheur matériel et que rien dans la tradition hindoue ne vient contredire cette consécration de la richesse. "Pratiquer la religion hindoue ne signifie en rien tourner le dos au monde... Aucun évènement important de la vie d'un hindou traditionnel ne peut commencer sans les bénédictions de Ganesha, la divinité bien-aimée à la tête d'éléphant, qui est le dieu de l'abondance matérielle et plus spécialement du succès commercial." Pour les millions de travailleurs des rues, chaque jour représente un nouveau défi et le commerce est le gagne-pain de la plupart des pauvres. La corruption fait partie du système. "Celui qui accepte les pot-de-vin et celui qui les donne sont tous les deux des entrepreneurs unis par la même règle: rien ne doit contrarier une occasion de se faire de l'argent." Dans les périodes d'adversité, lorsque la prospérité semble hors de portée, la croyance que le monde est par essence irréel donne à l'échec la douceur de l'acceptation philosophique.

"J'aime le soir en Inde ce moment magique où le soleil est en équilibre sur l'axe du monde, et le calme se répand, et dix mille fonctionnaires dérivent vers chez eux sur une rivière de bicyclettes, ressassant le coût de la vie et Lord Krishna."
(James Cameron, journaliste écossais qui a bien connu l'Inde avant et après 1947)

Comment les indiens s'accommodent-ils de la pauvreté? Pavan K.Varma donne la réponse: "Il est généralement admis que les gens naissent pour accomplir leur propre destin et qu'ils souffrent et prospèrent conformément à leur karmas (actes de vies précédentes)". Dans l'hindouisme, l'accent est mis sur le salut individuel et l'indien ne cesse jamais de croire que son destin peut basculer un jour grâce à l'intervention divine et au lien direct qu'il a établit avec son dieu.

L'auteur s'interroge aussi sur les dons innés des indiens pour les technologies de l'information et se risque à quelques démonstrations "sur le passé qui explique les succès d'aujourd'hui". Mais, résume-t-il, les indiens ont la réputation d'être d'excellents imitateurs, mais rarement de bons créateurs; et de fait beaucoup d'indiens, notamment dans la recherche, ne se réalisent que lorqu'ils travaillent à l'étranger dans un environnement qui les libèrent. Il aborde enfin la question de l'unité indienne et démontre que les tensions inter-religieuses restent assez marginales, car pour lui, chaque indien a compris que la cohabitation religieuse était indispensable à l'équilibre de l'Inde, "un équilibre crucial pour le décollage".

dimanche 2 décembre 2012

La guérison du monde

Nous vivons une période de crise durable. Fin de la ruralité, explosion urbaine, accélération du temps, globalisation de l'information, mondialisation. Est-ce la fin d'un monde? Crises sectorielles: environnementale, agricole, économique et financière, politique, sanitaire, psychologique; "la crise planétaire de l'humanité est  systémique" nous dit Frédéric Lenoir* dans son dernier opus intitulé "La guérison du monde" (Ed. Fayard 2012). 

Dans ce monde malade, il existe pourtant des voies de guérison. Le temps est sans doute venu d'opérer "la révolution des consciences" pour faire germer les "Graines de possibles", à l'instar d'un Pierre Rabbi, si nous voulons donner à ce monde "le supplément d'âme" cher à Bergson et aller "Vers un "nouveau paradigme" selon Edgar Morin. Une sagesse pour notre temps dont Frédéric Lenoir pose les fondements philosophiques: éthique de liberté et de responsabilité qui impose un changement de logique, de conception du monde dans nos rapports interpersonnels, nos relations interculturelles et nos modes de vie. 

Cela passe d'abord par une redécouverte des valeurs universelles: la vérité, la justice, le respect de l'autre, la liberté, l'amour, la beauté, les droits de l'homme, dans un véritable dialogue entre les cultures. Se transformer soi-même pour changer le monde, c'est la condition du "vivre ensemble" à l'échelle planétaire. "C'est quand la pensée, le coeur, les attitudes de la majorité auront changé que le monde changera", réaffirme Frédéric Lenoir. Substituer du qualitatif au quantitatif, passer de la convoitise à la sobriété heureuse, ne pas se laisser aller au découragement, transformer les peurs attisées par le spectacle du monde qui conduisent au repli sur soi pour mieux reprendre confiance dans les autres.

"Voir et accueillir les mains tendues. Redécouvrir  nos capacités à nous laisser entraîner dans une communion, une vibration du coeur avec les autres"... La guérison du monde est un objectif  qui ne sera jamais définitivement atteint, car les égoïsmes, les peurs et les conflits d'intérêt existeront sans doute toujours. Mais c'est un processus dans lequel il faut résolument s'engager pour inverser la pente actuelle qui nous conduit au désastre. Un chemin long et exigeant, mais réaliste. Il suffit de le savoir, de le vouloir et de se mettre en route, chacun à notre niveau". C'est la seule voie possible si nous voulons "réenchanter le monde".

* Frédéric Lenoir est philosophe et écrivain. Il anime "Les Racines du ciel" sur France Culture et dirige le magazine "Le monde des religions". Il est aussi l'auteur de nombreux essais et romans dont "Le petit traité de vie intérieure" (Plon 2010) et "L'âme du monde" (Nil 2012) dont j'ai déjà parlé sur ce blog.

vendredi 24 août 2012

Somnathpur

Le Keshava temple se trouve à environ 35 kilomètres au sud de Mysore, dans l'Etat du Karnataka. C'est l'un des derniers vestiges architecturaux de la dynastie Hoysala. Il fut construit aux environs de 1268 sous le règne de Somnatha, général de l'armée de Narasimha III.

L'ensemble du temple est bâti sur une large plateforme en forme d'étoile, mettant en valeur les magnifiques sculptures qui ornent les parois extérieures. Le reliquaire, situé au centre d'une petite cour, est relié à de petits mausolées. On y accède par un pavillon situé coté est.


Dans la cosmologie hindoue, l'univers est porté sur le dos de puissants éléphants tels des gardiens célestes. De nombreux éléphants, décorés de chaînes et de cloches, sont mis en scène dans différentes situations. A chaque angle de la place centrale, des dieux familiers apparaissent dans toute leur gloire, couverts de bijoux, de couronnes et de bracelets sur chacun de leur bras et de leurs chevilles. Une petite merveille architecturale et un splendide havre de paix.

mardi 3 juillet 2012

Swami Vivekananda

Lors de notre dernier séjour à Pothnal, nous avons été conviés à participer à la vie d'une classe. Ce jour là, l'école fêtait le 158è anniversaire de la naissance de Vivekananda. Quelques petits arbustes, soigneusement protégés par des ronciers, avaient été plantés dans la cour de l'école. Une promesse de vie, une lueur d'espoir.


Swami Vivekananda (1863-1902), philosophe et instructeur spirituel, a largement contribué à faire connaître l'hindouisme au monde occidental. Elève brillant, le jeune homme est très tôt imprégné des textes sacrés de l'Inde. Dès l'âge de 17 ans, il devient samnyasin (renonçant) dans l'ashram de Ramakrisha dont il est l'un des principaux disciples. A sa mort de son Maître, il fonde l'ordre de Ramakrishna, marquant ainsi sa parenté avec la religion chrétienne.

De cette expérience, il tira plusieurs conclusions qui peuvent être résumées ainsi: d'abord, nul ne peut s'épanouir spirituellement s'il vit dans une misère matérielle - il faut donc travailler à l'élévation sociale du peuple; ensuite la prospérité matérielle, qui est la grande force de l'occident, n'est une véritable prospérité que si elle est subordonnée à la prospérité spirituelle - il faut donc travailler à l'élévation spirituelle de l'humanité.



Dès lors, il voyage beaucoup, tient des conférences notamment aux Etats-Unis et en Europe, oeuvre pour les plus démunis, avant de revenir triomphalement en Inde. Il succombe à de graves problèmes de santé le 4 juillet 1902, à l'âge de 39 ans.

Son oeuvre a été largement diffusée en France par l'entremise de Romain Rolland, qui a publié un ouvrage sur la vie de Vivekananda et l'Evangile universel. Elle repose sur le syncrétisme religieux et philosophique, la religion unique, chère à Ramakrishna, et la bahkti yoga. Précurseur de Shri Aurobindo, il plaçait l'Advaîta Vedanta au sommet de la hiérarchie spirituelle.

jeudi 28 juin 2012

L'Inde selon Jean-Claude Carrière

On ne présente plus Jean-Claude Carrière. Scénariste prolifique, ami de Bunuel, Forman, Etaix, Wajda, iI avait presque 50 ans lorsqu'il a découvert l'Inde. Après l'adaptation du "Mahabharata" (grand poème épique qui rassemble les croyances et les mythes fondateurs de la culture indienne), mis en scène par Peter Brook au festival d'Avignon en 1985 (un étonnant spectacle de 9 heures qui fut un triomphe), Jean-Claude Carrière a mis tout son coeur et son talent pour rédiger "Le dictionnaire amoureux de l'Inde" paru en 2001 aux Editions Plon.

(Hampi)
Dans "Désordre"(Fragments d'une vie), paru en février 2012 aux Editions André Versaille, il témoigne de sa passion pour ce pays (il comptabilise près de 40 voyages) auquel il est tant attaché. Extraits:

"Ce sol est devenu, étrangement, le mien. Car j'ai l'impression d'avoir en Inde, une autre famille, principalement composée des personnages de l'épopée. Ces cousins, éloignés et turbulents, parfois même caractériels, vivent dans des temples, dans des grottes, quelquefois bien à l'abri dans des musées. Je vais  de temps en temps, encore aujourd'hui, leur demander de leur nouvelles et leur raconter comment va le monde..."

"Et je suis loin d'avoir tout dit. D'ailleurs il est impossible de tout dire, et plus particulièrement pour l'Inde, monde changeant, flexible, ondulant, ambigu, où chaque porte ouverte donne au moins sur deux autres portes, où les rideaux s'écartent sur d'autres rideaux, et ainsi de suite... J'oublie ma culture classique, mes raisonnements, mes syllogismes impeccables, je me heurte à des catégories de l'esprit qui ne sont pas les miennes, je m'irrite, je m'égare, je ris, je cesse d'être moi-même, et c'est à ce moment là que je me vois... L'Inde oblige à sortir de soi. En nous obligeant à  nous oublier, elle nous condamne à voir..."

(Hampi)
"Je sais aussi que, malgré la fameuse croissance économique, plus de six cent millions d'Indiens vivent encore dans de conditions qu'aucun européen n'accepterait. Cela vaut surtout pour les très nombreux villages où les revenus des paysans, traditionnellement très faibles, sont aujourd'hui soumis à des changements climatiques imprévus et à la rapacité des spéculateurs.
Que le prix de leur blé, ou de leur coton, soit soumis chaque année, aux sautes d'humeur de financiers sans visage, dissimulés, loin de là, derrière des ordinateurs impeccables, est un phénomène qu'ils ne peuvent pas comprendre. Ils se suicident, chaque année, par milliers... Je ne sais que penser..."

lundi 21 mai 2012

Splendeurs et misères de Goa


En juillet 1497, Vasco de Gama quitta Lisbonne avec l'espoir d'ouvrir une nouvelle route commerciale vers l'Inde et les îles aux épices. Le 20 mais 1498, il mouilla au large de Calicut, au nord du Kerala. Cette première expédition vers l'Orient inaugura cinq siècles de domination portugaise en Asie. La forteresse du Fort Aguada en est un exemple imposant. Avec un population de 1,5 million d'habitants  et une superficie de 3 702 km2, Goa est le plus petit des Etats indiens. Bien que jalonné d'une multitude d'églises, seuls 30% de ses habitants sont de confession chrétienne, tandis que 64% appartiennent à l'hindouisme. La pêche constitue la principale activité économique de la Province et les étals de poissons retiennent le chaland. Les cultures principales sont le riz, les noix de coco et de cajou.


La Province de Goa est une enclave particulière dans le monde indien dont Panaji est la Capitale. A 9 kms environ de Panaji se trouve Old Goa, la capital portugaise de jadis. Les cathédrales désertées qui hantent les berges de la Mandovi font de cette ville le principal site historique de l'Etat. Son architecture coloniale ne peut laisser indifférent. Eglises, monastères, couvents vieux de plusieurs siècles sont autant de hâvres de paix quand la chaleur s'installe.  En 1835, le gouvernement portugais ordonna la dissolution des ordres religieux, provoquant l'éparpillement de la communauté chrétienne et l'abandon des ses églises. La cathédrale de Sé, construite en 1562, d'un blanc éclatant, est l'un des monument les plus imposant de l'empire portugais. L'église attenante de Saint François d'Assise est sans aucun doute la mieux préservée. Les innombrables sculptures en bois et les magnifiques peintures murales qui retracent la vie du saint évoquent des temps à jamais disparus. La basilique du Bom Jesus, érigée par les jésuites, abrite le tombeau de saint François  Xavier, la relique la plus vénérée de Goa. La dépouille sacrée repose dans un sarcophage en argent massif. Il faudrait encore cité le couvent Ste Monique qui abrite aujourd'hui un centre d'études théologiques pour moniales. Flâner dans Old Goa est sans doute l'expérience la plus agréable. La plupart des maisons datent du début du XIXème siècle et un réseau d'étroites ruelles relient entre elles les trois avenues qui la compose. Le bord de mer défiguré par des constructions modernes ne réussit pas à ternir le charme de son atmosphère désuète.


Au Nord comme au Sud les longues plages de sable fin attirent les touristes venus du monde entier pour goûter aux plaisirs d'une villégiature et du farniente dans des hôtels de luxe pour un prix dérisoire. La côte n'a sans doute plus rien à voir aujourd'hui avec le petit paradis qui attira les premiers hippies. Il est vrai que le spectacle des petits villages construits en retrait du bord de mer à l'abri de palmeraies donne parfois l'impression d'un petit paradis tropical intact, mais le tourisme de masse ne l'a pas épargné. Tout le long des côtes, les bandes sableuses sont garnies d'un chapelet de gargotes en tous genres, restaurants, étals de vêtements, de souvenirs, de bijoux, vendeurs ambulants proposant fruits et jus frais jusqu'aux masseurs offrant de soulager tensions et douleurs. En fin d'après-midi les ruelles sont bondées de touristes et de familles qui viennent se remettre les pieds dans l'eau. Ces mêmes touristes fuient les plages avec l'arrivée de la mousson qui n'invite guère à la baignade. Sur la plage, au milieu des femmes en saris et des enfants qui découvrent les plaisirs de la baignade, il est possible, pour un prix dérisoire, de pratiquer le ski nautique ou d'autres sports aquatiques.

samedi 5 novembre 2011

Elles changent l'Inde


"Women changing India"

"Reporters sans frontières" publie 100 clichés réalisés en Inde par 6 photographes de l'Agence Magnum qui ont passé plusieurs semaines pour saisir le rôle des femmes dans l'évolution de L'Inde d'aujourd'hui.

Exposition au Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, du 21 Octobre au 8 Janvier 2012.

mardi 18 octobre 2011

L'héritage de Gandhi


Surnommé Mahatma (grande âme) par son ami le poète Rabîndranâth Tagore, le "fakir à demi nu", comme l'appelait aussi Churchill, Gandhi était avant tout un homme pétri des textes sacrés de l'Inde, de la Bhagavad Gitâ aux Upanishads. Son éducation Britannique, les difficultés qu'il rencontra pour faire valoir son "indianité" en Afrique du Sud, l'humiliation qu'il subit au quotidien, comme beaucoup de ses congénères, le poussèrent à se révolter et à engager un long combat de "désobéissance civile". Par des actions de jeûne, par des marches silencieuses à travers tout le pays, par la non-coopération et la non-violence active (ahimsa), il réveilla la conscience de tout un peuple. En chassant l'occupant anglais, en participant activement à l'Indépendance proclamée en 1947, il redonna à l'Inde son identité. 

Sa force: vivre de manière sobre, agir en conformité avec ses convictions, maintenir l'adéquation entre la pensée et l'action. Bien que son projet de pacification n'ait pas complètement abouti (il considérait comme un échec la partition entre hindous et musulmans même si la création du Pakistan permit d'éviter une guerre civile), il est considéré comme l'un des pères fondateurs de l'Inde moderne. L'aide aux plus démunis, la libération des femmes indiennes, la fraternité entre les communautés religieuses, la fin de la discrimination des castes et de l'Intouchabilité, l'autosuffisance économique de la nation furent au coeur de son combat. Il continue d'être un inspirateur pour tous ceux qui, à travers le monde, militent pour un monde plus juste, plus égalitaire, plus fraternel, plus humain.

Martin Luther King, Don Helder Camara, Nestor Mandela, le Dalaï Lama, pour ne citer que quelques figures connues, s'inspireront de la doctrine de la non-violence pour mener à bien leur combat contre l'apartheid et toutes formes de discrimination. Plus récemment, la marche vers Delhi des 25 000 paysans sans terre, l'esprit altermondialiste qui vise à restreindre la consommation et à mettre l'écologie de la terre au centre de la révolution pacifique sont des prolongements au combat d'un homme qui a consacré sa vie pour la liberté.

On pourra revoir avec intérêt le film aux 9 Oscars que lui a consacré Richard Attenborough (1982) (qui reparaît avec le mensuel Géo du mois d'Octobre consacré aux sagesses indiennes) et, bien sûr, relire "Tous les hommes sont frères" ou "La voie de la non-violence", parus dans la collection Folio Gallimard.

"Je ne demande à personne de me suivre. chacun devrait rester à l'écoute de sa petite voix intérieure et agir en conséquence; et si l'on n'a pas d'oreilles pour écouter, il ne reste plus qu'à faire de son mieux..."(Tous les hommes sont frères)

mercredi 12 octobre 2011

Mangalore, cité portuaire

Ancien grand port du royaume de Hyder Ali, Mangalore (qu'il ne faut pas confondre avec Bangalore, capitale du Karnataka) est aujourd'hui une cité portuaire qui compte plus de 600 000 habitants. A l'extrême Ouest du Karnataka, desservie par un aéroport international, la ville est tournée vers le Moyen-Orient avec lequel elle établit des liaisons quotidiennes. A l'instar de Goa, au Nord, elle abrite une importante communauté catholique, comme en témoigne les nombreuses églises qui jalonnent son histoire liée à l'invasion portuguaise. Colorée, vivante (elle accueille un très grand nombre d'étudiants) elle affiche des contrastes qui ne manquent pas de surprendre celui qui prend le temps de la découvrir. Car ici jeans et burquas se côtoient dans une ambiance progressiste où le tulu et le kannada font bon ménage avec l'inglish. S'il est parfois difficile de s'orienter dans le dédale des rues tortueuses, il est bon de prendre le temps de goûter au charme pittoresque d'une plage hospitalière et reposante, à la recherche d'étoiles de mer.

jeudi 6 octobre 2011

Hyderabad, la musulmane

A environ 200 kilomètres au Nord-Est de Pothnal, située sur le plateau du Decca, Hyderabad, capitale de l'Etat de l'Andhra Pradesh, est aussi surnommée la Cité des perles. Sixième ville de l'Inde par sa population estimée à 6 million d'âmes, son agglomération s'étend de part et d'autre du fleuve Musi à 536 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui lui vaut de bénéficier d'un climat plus frais que de nombreuses autres villes de l'Inde.

Après l'indépendance de l'Inde en 1947, Hyderabad fut rattachée à l'Union Indienne. Les langues les plus usitées sont le Tegulu ou le Urdu, mais l'anglais reste largement répandu. Reliée aux principales métropoles grâce à un réseau d'autoroutes en plein essor, elle a inauguré le Raji Gandhi airport en 1998, un aéroport international dont le trafic ne reste de croître. A l'instar de Bangalore, à laquelle elle ne ressemble guère, cette ville a développé une technologie de pointe, si bien qu'on l'appelle parfois "Cyberabad".


Fondée par Muhammad Quli Qutb Shah en 1591, Hyderabad offre un visage empreint d'une culture musulmane omniprésente dans son architecture et dans la vie quotidienne, comme dans le quartier très ancien de Charminar où il fait bon flâner en plein après-midi dans un marché bigarré, haut en couleurs, en se frayant un passage au milieu des cohortes de femmes musulmanes drapées dans leur jilbabs et hijabs qui ne laissent deviner que les yeux aux regards intenses. Le marché et les quartiers alentours, offre un merveilleux spectacle où il fait bon se perdre en quête de bijoux (notamment des perles) ou de magnifiques tissus.

Haute de 56m et large de 30, Charminar, crée 4 arches correspondant aux points cardinaux. La magnifique petite mosquée du 2ème étage est la plus ancienne de Hyderabad. Ses escaliers en colimaçon mènent au sommet des colonnes surmontées d'un minaret d'où l'on peut admirer la ville. Juste à coté, la Mecca Masjid, l'une des plus grande mosquée du monde (elle peut accueillir jusqu'à 10.000 fidèles), doit son nom au fait que plusieurs briques scellées au-dessus de la porte proviennent de La Mecque.

A quelques encablures de Charminar, au milieu du lac, une statue monolithique se dresse fièrement sur un petit îlot qui fait face à la ville. Le Boudha (l'un des plus grands au monde mesure 17m50 de haut et pèse 350 tonnes. Lors de son transport sur une barge pour la traversée du lac, la statue a chaviré emportant avec elle 8 personnes. Après avoir séjourné 2 ans au fond du lac, elle fut repêchée en 1992, par une entreprise de Goa. On y accède aujourd'hui en bateau (en moins de 30mn) pour saluer le Boudha au coucher du soleil.