Dans le train qui nous emmène de Mysore à Bangalore pour notre dernière journée, mon coeur est empreint de mélancolie. Trois semaines se sont écoulées depuis notre arrivée en Inde. Chaque nouveau séjour nous offre son lot de surprises, de situations imprévisibles. Tant de belle rencontres, d'émotions partagées, d'instants en intants, de lieux en lieux. Pothnal, Raichur, Goa, Mangalore, Ugire, Mysore, ces villes ont le parfum des fleurs et la couleur du soleil couchant. Avec le sourire en guise de passeport, les regards s'illuminent, les portes s'ouvrent, les rires fusent dans un galimatias de mots et de sons dont chacun comprend le sens à défaut de connaître la langue. L'élan du coeur brise toutes les barrières et fait fi de toute bienséance que l'on s'exprime en hindi, kannada, tamoul, konkani, telugu, malyam ou "inglish". L'Inde compte 22 langues officielles et plus de de 300 dialectes locaux.
Tout au long de ce parcours ponctué de multiples arrêts, les images défilent à la vitesse de la pensée sans crier gare. Le tintamarre des klaxons dans les rues polluées de la mégapole et la chorégraphie des "rickshaws" pétaradants fait place au chant des oiseaux au petit matin. Les chevauchées à moto de village en village dans la région de Pothnal ne font pas oublier les hurlements des chiens errants la nuit à Mysore. Les nombreuses églises édifiées dans l'empire portugais de Goa s'estompent au profit du soleil qui s'évanouit dans l'océan. L'excitation fiévreuse des "mosquitos" ne perturbe en rien l'indolence des crocodiles qui se confondent avec le rocher. Les guirlandes de fleurs au temple hindou ont autant d'éclat que les pyramides de fruits et légumes un jour de marché. Les "bangles" assortis aux saris ne font pas injure aux bijoux façonnés en terracotta. Les chapatis, dosas et autres naans s'accommodent du poulet tandoori ou du poisson grillé. Les épices enchantent le palais et s'accordent bien avec la "Kingfisher Premium" qui s'affiche sur les publicités. Les sourires des enfants et les danses des plus grands engendrent l'espoir et la fierté de leurs parents. Les chants grégoriens entonnés par les frères Capucins accompagnent avec bonheur les voeux "for ever" d'une jeune Bénédictine. La patience du photographe emporte la confiance d'une jeune femme et l'éclat de son regard.