18 janvier 2011. Nous sommes attendus en fin de matinée à Ugire, village situé près de Dharmastala (lieu de pèlerinage bien connu en Inde) entre les Ghats de la côte de Mangalore et la plaine de Bangalore. C'est là que vit notre notre filleule Vishalakshi. Depuis l'année dernière, le Capucin Krishik Seva Kendra (qui dépend aussi de Vimukti) est installé en pleine campagne, dans de nouveaux locaux plus vastes et mieux équipés. Grâce au CCF India, le Projet d'Ugire rassemble aujourd'hui 40 villages et regroupe près de 3 000 membres. Le Directeur et toute son équipe nous accueillent très chaleureusement. Couronnes de fleurs, petits gâteaux et thé chaï, tout a été minutieusement préparé pour fêter notre venue.

Comme à l'accoutumée (c'est la quatrième fois que nous venons ici), nous échangeons avec les animatrices (elles sont en majorité dans ce Centre qui rassemble des groupes de femmes très impliquées dans les micro-projets) sous le regard lumineux et attendri de Hilda, devenue aujourd'hui notre amie. Dans un court exposé en anglais, je parle de l'action que nous menons à Pothnal, relevant au passage que tout est arrivé "grâce à vous". Car c'est ici que tout a commencé: la rencontre avec Vishalakshi et sa famille, l'hébergement à l'ashram des Capucins, l'amitié qui s'est nouée avec Arun Lobo, l'appel téléphonique d'Alwynn et l'envie de me sentir utile dans un monde où l'individualisme prend trop souvent le pas sur la solidarité. Hilda reformule en kannada mes propos car tous ici ne maîtrisent pas la langue anglaise. En guise de remerciements, ils forment un cercle autour de nous et miment une chanson en kannada, langue vernaculaire du Karnataka. A notre tour un chant nous reprenons en canon une chanson française. Les parapluies (fruit du travail de la coopérative des femmes) qui nous sont distribués généreusement jouent parfaitement le rôle de para-soleil à cette période de l'année. Une séance photos clôture magnifiquement cette rencontre.
Après le déjeuner, nous prenons la direction de la maison de Vishalakshi. La jeune fille, qui n'avait alors que 8 ans lorsque je décidai de la parrainer par l'intermédiaire de l'association française "Un enfant par la main", a aujourd'hui 16 ans. Hilda, Lily et Vanitha, qui assure le suivi du parrainage, sont aussi nos complices. Krishnapad son père, Monamma sa mère, Prasad, son frère cadet, nous accueillent dans leur modeste maison implantée au milieu d'une végétation luxuriante. Pour tout mobilier, quelques chaises et une table en plastique.

L'adolescente qui marquait une très grande réserve que lorsqu'elle était plus jeune a le regard vif et enjoué de la jeune fille qui nous voue une profonde reconnaissance. A l'aide d'une machette, Krishnapad prépare la noix de coco dont nous nous abreuvons goulûment. Nous échangeons nos cadeaux dans une ambiance bon enfant sous le regard de quelques voisins curieux. Les rires et les sourires expriment notre joie d'être ensemble. Nous tentons d'apprivoiser le chien. A l'arrière de la maison, une vache achetée récemment broute quelques fêtus de paille. Hilda informe les membres de la famille qu'ils pourront, grâce à notre soutien financier, disposer d'une armoire à vêtements. Les résultats scolaires de Vishalakshi sont très encourageants. L'année prochaine, elle pourra choisir son orientation et devenir, selon son souhait, aide-soignante. Avant le coucher du soleil, nous gambadons en riant sur le chemin qui conduit à la montagne. Et c'est avec la douceur d'une glace parfumée que la journée s'achève au centre du village. Quand vient le moment de se séparer, l'émotion est réelle. Nous nous donnons rendez-vous l'année prochaine. L'Inde est désormais notre seconde patrie, celle où nos pas nous ont conduit pour créer une seconde famille.