mercredi 11 juillet 2012

A l'assaut des géants

Beaucoup d'entre vous connaissent ma passion pour la petite reine. L'étape du Tour 2012 était mon objectif sportif de l'année. Avec un départ d'Albertville et une arrivée à la station de La Toussuire, l'itinéraire proposé par A.S.O. ( l'organisateur du Tour de France) emprunterait cette année le col de la Madeleine (2000m), le col du Glandon (1824m), le col de la Croix de fer (2067m), le col du Mollard (1638m) et la montée sur la Toussuire (1800 m). Soit 152 kilomètres avec un dénivelé positif de près de 5000m.


A cause d'une préparation contrariée par une opération du ménisque au printemps, j'abordai ce périple avec moins de 2 000 kms au compteur (il en faudrait au moins 5 000). A 60 ans passé, n'était-ce pas de la folie? Il faut, certes, du courage et de la détermination pour se lancer dans une pareille aventure. Pour compenser ce déficit d'entraînement, je me suis mis dans la tête que j'allai rouler pour les enfants de Pothnal.

Ce Dimanche 8 juillet la pluie s'est invitée au départ, décourageant un tiers des 9 000 inscrits venus du monde entier (45 nationalités représentées). 6 000 téméraires se sont quand même lancés, dès 7h00 du matin, à l'assaut de cette montagne tant redoutée avec l'envie d'aller au bout d'eux-mêmes. Dès les premières pentes, mon rythme cardiaque s'est stabilisé entre 130 et 140 pulsations-minute. Au fil des heures et des montées, mes muscles se sont peu raidis. Alors l'envie d'abandonner vous hante, à l'instar de très nombreux cyclos allongés au bord de la route ou gravissant à pied les derniers kilomètres du Glandon. Même spectacle à l'approche du sommet du Mollard. Les 25 kilomètres de montée sur La Toussouire m'ont paru interminables. Les bravos du public vantant notre mérite et la volonté de ne pas être rejoint par la voiture balai (1 000 concurrents ont abandonné) m'ont permis d'aller au bout de la souffrance et de remporter une victoire sur moi-même. Il m'aura fallu 11h41' (dont 8h35' de montée) pour rejoindre La Toussuire à la 4 244ème place. Sur la ligne d'arrivée, j'ai déclaré à ma bien-aimée: "Cette fois, c'est la dernière!!!".

Le vélo a ceci de merveilleux pour la pratiquant aguerri: il vous met dans un état très particulier comparable à l'état de méditation. Si le corps n'est pas au repos (c'est le moins qu'on puisse dire), la tête est complètement vide, aérée, légère, disponible, présente aux sensations de l'instant. La tiédeur du soleil matinal vous caresse le visage. Le mental est au repos. Seul importe ce qui se passe ici et maintenant, seconde après seconde, coup de pédale après coup de pédale. Plus rien n'existe en dehors du bruit feutré des roues libres sur le bitume. Tous unis dans un même effort silencieux pour atteindre le même but (avec certes, comme dans la vie, des motivations parfois différentes). Et s'il peut arriver que l'esprit s'égare un peu, magnifié par la beauté du paysage, c'est pour mettre de l'ordre dans les idées qui germaient dans un coin du cerveau. Subitement tout s'éclaire et s'impose comme une évidence. Alors oui, pour ces moments là (que d'autres atteindront par d'autres moyens), cela vaut la peine de se mettre dans tous ses états de corps, états d'esprit et états d'âme.