lundi 2 avril 2012

Promenade dans la campagne indienne

C'est sans doute à la campagne qu'il faut regarder l'Inde s'ouvrir vers une vie meilleure.  Le véritable esprit de Gandhi, le vrai génie indien est à l'oeuvre dans les villages. Là où des travailleurs anonymes s'efforcent d'éduquer une population ignorante et travaillent à l'élévation de tous. 

Il y a ceux qui construisent et entretiennent les routes et les ponts, les édifices publics quand ils existent. Il y a ceux qui, vivant dans des lointains villages, essaient d'éduquer patiemment les enfants, d'enseigner aux femmes à coudre ou à tricoter. Car tout est à apprendre, depuis quelques règles d'hygiène les plus élémentaires jusqu'à l'alphabet. Les résultats sont souvent surprenants au regard des moyens si infimes. La vie rurale est simple, peu coûteuse certes, mais les quelques roupies durement gagnées  suffisent souvent à chasser la misère. 


Les tisserands tendent leurs fils pour préparer la trame des dhotis ou des saris aux couleurs vives qu'ils vont tisser.  Une femme prend son bain, accroupie près d'une cruche d'eau, sans savon; elle frotte à la fois la peau et le sari, sans oublier les cheveux qu'elle arrose copieusement avec le gobelet rempli à la cruche; elle se coiffe avec les doigt, sans hâte, mais avec une précision du geste qui le rend harmonieux. Des ménagères passent le balai de brindilles tout autour de la hutte faite de bambous qui laissent filtrer la lumière. Des vieillards décharnés vous regardent avec insistance. Des hommes oisifs, mâchant le bétel, semblent vous attendre depuis toujours assis sous un arbre. On s'assied par terre, on mange avec les doigts sur un morceau de feuille de bananier, on pend son linge à une corde tendue entre deux piquets de bois ramassés le long de la route, on boit, sans s'approcher des lèvres à l'unique timbale en fer blanc. L'été on dort en plein air, par terre ou sur des nattes. Les enfants sortent de partout, quelquefois entièrement nus et le ventre gonflé, mais leurs sourires est un véritable hymne à la vie. Il respire ici un parfum d'insouciance hors du temps. C'est cela le spectacle habituel de la campagne indienne.


Les dévouements et l'intégrité de tous ne suffiront sans doute pas à créer des emplois pour ces légions de chômeurs qui ne font que croître au fur et à mesure que la population augmente. Longtemps encore, on entendra parler de moussons qui ne viennent pas ou qui viennent trop tôt, entraînant des catastrophes, au moins régionales. De quoi sera fait demain? Quel avenir pour tous ces enfants porteurs de vie et d'espoir? La sagesse de ce peuple ne réside-telle pas dans le fait qu'il avance à son pas, en paix, sans agressivité déplacée? Cette lenteur est sans doute indispensable à l'Inde pour rester un pays empreint d'humanité, pour ne pas devenir une mauvaise copie de l'occident. Tant de structures séculaires ne pourraient s'écrouler sans engendrer des déséquilibres profonds. Il faut laisser germer une nouvelle mentalité au contact des réalités nouvelles, un nouveau cadre éthique qui ordonnera la vie et l'organisation de l'hindou, l'indien de demain.