jeudi 17 mai 2012

Shanti (Paix)

Un personnage très vivant encore dans l'Inde moderne incarne à sa façon un de aspects de l'hindouisme. On les voit partout sur les routes, à la porte des temples, ces sadhus reconnaissables au vêtement ocre qu'ils portent très généralement, couleur safran pour les shivaïtes ( les ascètes), jaune ou blanche pour les vishnouïtes (partisans de la bakti , la dévotion) ornementé parfois de quelques colliers. Ils n'ont pas de toit et passent leur vie à se déplacer sur les routes de l'Inde, en quête des dons des dévots pour se nourrir. Ils sont encore 4 à 5 millions en Inde aujourd'hui.

Suivant les textes, tout homme de haute caste devrait passer par trois ou quatre étapes. Après une période de célibat qui correspond à celle des études brahmaniques, une autre où il est maître de maison, marié, père de famille, il peut, une fois ses enfants élevés et la vie de sa femme assurée, tout abandonner pour devenir ermite.

Le sadhu est un homme ayant renoncé à tout: à ses biens, à sa famille, à sa caste, pour se consacrer à la méditation, au yoga, à l'ascétisme suivant sa secte. Il est celui qui fait passer le salut, la vérité ultime avant tout le reste ou plutôt qui a condamné tout le reste au nom de cette vérité ultime. Son but est la perte de son individualité et la fusion avec l'Absolu pour rompre définitivement avec le cycle des renaissances, le samsarâ. Le détachement du monde en sera la conséquence et aboutira à la mort du connaissant, à la perte dans l'unité (l'atman, l'âme individuelle qui réside en tout être rejoignant ainsi le Brahman, l'essence cosmique. Son individualité ayant disparue même avant sa mort, ses derniers actes n'auront pas laissé de trace et il ne renaîtra pas. C'est aussi la philosophie de Shankara (l'un des grandes figures de l'hindouisme qui a conceptualisé le concept de non-dualité). Cependant, très rares sont ceux qui atteignent au plan de l'ultime de la moksha, "la délivrance.


Voilà donc un personnage religieux qui n'a plus de caste parce qu'il est au-delà, qui s'est volontairement placé en dehors de la société hindoue, comme de toute société humaine, qui est accepté, nourri, vénéré. Dans un monde où il faut croître et multiplier, il est voué à la chasteté, où il faut donner en échange de tout don, il reçoit et ne donne rien, où il faut offrir prières et sacrifices rituels, il se substitue à la divinité à qui sont faites les offrandes. Le sadhu n'est qu'une autre manifestation du divin - ou du dieu, d'où l'accueil que chacun lui fait et l'importance du darshan. Tout sadhu célèbre, devenu le guru de beaucoup, doit chaque jour s'offrir à la vue de ses disciples. Point n'est besoin de conversation. la vue du saint est suffisante, comblante par elle-même. Celui-ci transmet le savoir qu'il a lui-même acquis auprès des maîtres mais surtout son expérience personnelle.