dimanche 13 mai 2012

Une eau doublement sacrée

Telle la liane qui s'accroche à l'arbre et ne pourrait vivre sans lui, l'indien fait corps avec la nature qui l'entoure. Il vénère le serpent qui le tue autant que la vache qui le nourrit de son lait, refusant de séparer l'aspect maternel et bienveillant de l'aspect cruel et destructeur de la terre qui le porte. La divinité a aussi un double visage, qu'elle se nomme Kâli la noire, la cruelle, à la langue rouge pendante, arborant autour du cou un long collier de crânes humains ou Parvati, l'épouse aimante, bienveillante, qui incarne la douceur féminine et les valeurs familiales. On lui offre des fleurs, des noix de coco, on l'adore, on l'aime, car on sait  qu'elle peut être aussi une bonne mère. On l'aime autant qu'on la craint.


Pour l'indien, l'eau a un pouvoir purifiant. Le Gange n'est pas, tant s'en faut, la seule rivière de l'Inde. N'est-elle pas un des symboles de la fécondité maternelle. Pas un filet d'eau qui n'ait droit à sa vénération et qui ne soit une source de pureté. Se plonger dans un tel fleuve est une grande bénédiction, mais une mare d'eau croupissante a les mêmes vertus; on s'y baigne, on y puise sa boisson quotidienne. Une eau doublement sacrée, comme celle du Gange, ne peut être nocive pour le corps si elle est bonne pour l'âme. L'hindou qui se lave avec l'eau du Gange est lavé de tous ses péchés, allégé du poids des actions mauvaises pour les vies à venir. Bain et lessive s'accomplissent comme un rite dans un silence religieux. On lave son corps et son vêtement tout à la fois.